‹ Le Rhin francaisChapitre 135 sur 166 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

composé d'unités correctes, mais ne forme pas une opération d'ensemble. Les capitaines sacrifient tout à la cadence du pas et à l'alignement, sans se préoccuper de la longueur de ce pas. L'effet produit était si mauvais sur cette vaste plaine de Kœnigshoffen, que rétat-major, après le défilé de la première brigade, avait dû faire serrer en masse par bataillon, sur la compagnie de tête, aussitôt après le passage devant l'empereur. Ce mouvement très simple ne s'était pas lui-même accompli sans nombreux à-coups. Les rangs trop emboîtés se bousculaient et le désordre se mettait dans la colonne.

Les troupes bavaroises avaient été incontestablement les meilleures, tant en infanterie qu'en cavalerie. Les Poméraniens venaient ensuite. Le régiment noir de Brunswick paraissait le moins exercé. Quant aux effectifs, ils étaient inégaux dans les différents corps. Les compagnies les plus nombreuses avaient 125 hommes, les moins nombreuses 90 seulement. Les escadrons comptaient en moyenne 95 chevaux. 11 n'y avait donc pas plus de 20.000 hommes présents à la revue de Kœnigshoffen.

L'empereur, descendu de cheval à trois heures moins vingt minutes, avait regagné Strasbourg en voiture. Le soir, au repas offert aux généraux, il porta ce toast amphigourique : « Je bois à la santé

du 15* corps d'armée qui s'est acquis ma complète satisfaction , car il a montré qu'un solide perfectionnement et une véritable volonté militaire enseignent à surmonter toutes les difficultés. Vive le 15* corps d'armée! »

Ce serait ne pas connaître la rieuse Alsace que de croire à son indifférence en matière d'incidents grotesques. L'histoire des bottes perdues et du défilé pieds nus détermina dans les cafés et les brasseries un assez joli mouvement de gaieté. Un correspondant anglais racontait que, dès la formation en bataille, plus de soixante paires de chaussures étaient disséminées çà et là. Pour rentrer en ville, il avait fallu faire monter, sur des prolonges, la troupe des va-nu-pieds. Les militaires étrangers, admis à suivre les manœuvres, commentèrent vivement le fait à l'hôtel de ville de Paris. Le règne de la botte prussienne que toute l'Europe voulait adopter était définitivement passé ; sic transit gloria mundi.

C'était une mauvaise journée pour le général de Fransecki, mais le vieux guerrier ne s'en préoccupait qu'à demi. Il touchait, en effet, au terme de son commandement. La loi, sur l'organisation de l'Ai- sace-Lorraine, ayant stipulé que l'empereur déterminerait l'étendue des attributions souveraines qui seraient conférées au Statthalter, c'est-à-dire au

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