CHAPITRE XIV. ^.-i
aux élections du nouveau Landessaiisschuss et prêteraient ainsi serment à l'empereur Guillaume, se prononcèrent, après un débat très vif, pour l'affirmative. La conversation suivante s'engageait, le jour même, entre un des notables alsaciens présents à la réunion et moi :
« Quelle est maintenant, selon vous, la portée do ce vote d'action?
— Elle est considérable. Nous venons de faire pièce à M. de Bismarck. 11 s'attendait si peu à la résolution que nous avons prise, que toute l'économie de son projet avait pour base notre abstention définitive et irrémédiable.
— Mais votre seule présence au Reichstag lui défendait d'espérer que vous vous désintéressiez jamais des affaires du pays d'empire?
— Vous vous trompez. Le Reichstag n'aura plus maintenant à s'occuper que de loin en loin, en cas de conflit, des affaires d'Alsace-Lorraine. Voilà pourquoi tout Alsacien ou Lorrain raisonnable ne voit dans la nouvelle organisation qu'un instrument plus actif de propagande germanique. En effet, les questions qui nous intéressent étaient jusqu'ici discutées au Reichstag, c'est-à-dire au grand jour de la publicité. Les députés des deux provinces conquises ne formaient qu'une infime minorité dans la grande
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assemblée allemande, mais ils pouvaient au moins élever la voix du haut d'une belle tribune et se faire entendre, sinon de l'Allemagne sourde à nos maux, du moins de la France et de l'Europe libérale, au nom du suffrage universel. Maintenant que la délégation ou chambre alsacienne, qui ne jouira pas de la publicité des séances et dont l'origine sera le suffrage à deux degrés, considérablement mitigé, aura seule le privilège de s'occuper de l' Alsace-Lorraine, on étranglera toutes les questions, sans bruit, dans un coin. L'ordre régnera à Strasbourg. Députés d* Alsace-Lorraine au Reichstag, désormais privés du droit de discuter nos affaires, nous serons en tout point semblables aux députés de Bavière ou de Bade, qui n'ont mission de s'occuper dans la grande assemblée allemande que des questions intéressant l'empire et non des questions particulières aux États qui les ont élus. Comprenez-vous?
— Je comprends qu'on vous a fermé la bouche. C'est dans un simulacre d'assemblée élue par pression officielle que se discuteront les graves abus de tous les jours, et comme vous vous souciez médiocrement, j'imagine, des affaires de l'empire allemand, vous n'aurez plus à Berlin qu'un rôle absolument insignifiant.
— Vous l'avez dit. 11 v a même lieu de croire qu(