CHAPITRE XIV
tralistes allemands. Aucune autre désignation ne saurait leur convenir. »
Ces explications étaient utiles pour faire connaître la vraie situation politique de TAlsace-Lorraine. Je ne crois pas qu'il puisse rester le moindre doute sur les intentions du chancelier.
Afin de ne plus revenir sur l'administration du pays d'empire, il me reste à parler des hommes nouveaux que le changement de gouvernement vient de faire entrer en scène et du mécanisme des services ministériels.
La chancellerie alsacienne-lorraine de Berlin est un rouage supprimé. Les pouvoirs que M. de Bismarck exerçait avec l'aide de M. Herzog, réunis à ceux dont M. deMœller, président supérieur avait la charge, c'est-à-dire les pouvoirs gouvernementaux et exécutifs, ont passé le i" octobre aux mains du feld-maréchal de Manteuffel statthalter. Ce lieutenant de l'empereur a pris possession plus récemment du commandement en chef des troupes, précédemment exercé par le général de Fransecki. Le baron de Manteuffel commandait au début de la guerre franco-allemande le l^'" corps de la première armée, et après la signature de la paix, l'armée d'occupation, dont le quartier général était à Nancy, On sait qu'il a laissé dans cette ville la réputation
d'un homme très courtois, diplomate, accueillant, animé de sentiments de justice. Feld-maréchal depuis 1873, il était en dernier lieu aide de camp de l'empereur et souvent employé à des missions délicates, témoin le récent voyage à Varsovie. Ses qualités incontestables de séduction l'ont fait choisir par l'empereur, comme les qualités de tact de M. de Mœller l'avaient autrefois désigné pour le poste de président supérieur. L'échec éprouvé par ce dernier, dans ces tentatives de conquête morale de r Alsace-Lorraine, échec attribué par les feuilles allemandes à son manque d'énergie, avait rendu nécessaire, aux yeux deM.de Bismarck l'envoi à Strasbourg d'un militaire j d'un homme dont la main de fer serait recouverte d'un gant de velours. C'est, en effet, le rôle que semble devoir jouer M. de Manteuffel. On l'a vu, dès son arrivée, et dans son voyage d'installation, employer tour à tour la flatterie et la menace, reconnaître la légitimité des regrets manifestés par les populations conquises et se poser en vengeur des insultes qu'on adresserait à l'Allemagne, parler un langage tantôt biblique, tantôt philosophique. Rien n'y a fait, le statthalter a dû se convaincre quinze jours après son arrivée, que M. de Mœller lui a légué de bien gros embarras, des embarras presque insurmontables. 11 ne modifiera pas plus que son pré-