‹ Le Rhin francaisChapitre 152 sur 166 · CHAPITRE \V. . iJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE \V. . iJ

Tour des liarcls. » La révocation de l'édit de Nantes n'atteignit même pas les protestants de Strasbourg. Dans un mémoire officiel sur VÉtat de la province d'Alsace, cité par le même auteur et daté de 1701, il est dit : « Pour ne pas aliéner les esprits des habitants d'une place de cette importance, il est à propos de les maintenir dans leurs privilèges. » C^est par cette sage tolérance , cette politique d'avenir loyalement suivie , ce mépris de tout procédé de force, de tout moyen de compression, que la France est arrivée à conquérir non plus la terre mais le cœur de l'Alsace. Cent dix ans après la signature du traité d'illkirch, au jour du péril, quand sa nouvelle patrie fut en danger, cette province, devenue peutêtre la plus française de toutes, se dévoua héroïquement pour le salut commun et, d'elle-même, abdiqua des franchises jusque-là respectées et que l'émancipation de 1789 rendait inutiles, pour se fondre dans la grande unité nationale. Depuis lors n'a-t-elle pas été française, rien que française ?

Aujourd'hui, après neuf années de dictature, après le vote d'une loi d'organisation qui n'est qu'une risible parodie de constitution, comment les Alsa^ ciens-Lorrains ne s'écrieraient-ils pas : « Vous garderez peut-être la terre ^ mais vous n'aurez jamais le cœur ! » Par quel miracle de la grâce se conver-

tiraient-ils à l'idée bismarckienne , c'est-à-dire à la plus dure des servitudes? Le proverbe : « on ne prend pas les mouches avec du vinaigre », est éternellement vrai.

C'est ce dont l'empereur Guillaume s'est aperçu ; c'est ce dont il s'est plaint à M. de Mœller. Ce haut personnage se montra-t-il très affligé de la froideur de la réception? J'en doute. Accusé par les journaux allemands d'avoir manqué d'adresse, il n'a pu voir qu'avec une certaine satisfaction Tassez mauvais début de l'administration Manteuffel. Le silence des Strasbourgeois n'était-il pas la preuve du mécontentement produit par le vote de la nouvelle loi d'organisation ?

J'insiste d'autant plus sur le caractère réel de la réception faite à l'empereur, que les correspondants mal informés de quelques feuilles françaises ont avancé, à propos de cette solennité, que les amis de la France à Strasbourg sont maintenant en minorité. Savaient-ils seulement qu'il y a un an la ville a nommé député au Reichstag M. Kablé, candidat de la protestation avec deux mille six cents voix de majorité?

Ces appréciations erronées produisirent à Strasbourg un effet d'autant plus déplorable que les feuilles allemandes n'étaient pas du même avis. Plusieurs

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