CHAPITRE XV
population tient en quarantaine et que le KrPÀss clirector sort d'une boite dans les grandes circonstances. L'impératrice Augusta en a eu un haut-le-cœur. Elle est repartie pour l'Allemagne avant l'empereur, sans essayer de cacher sa tristesse. Guillaume quittant Strasbourg, traversa le Broglie. Deux cents personnes assises sur les terrasses des cafés ne se levèrent même pas. Personne ne se découvrait et les gestes automatiques de Guillaume portant la main à sa casquette tombèrent dans le vide.
Comment s'étonner qu'un journal allemand ait comparé après cela la situation des Prussiens en Alsace-Lorraine à celle des Autrichiens en Bosnie? Ces aveux de la presse germanique se multiplient. Les écailles lui tombent enfin des yeux. Elle est contrainte de constater que neuf années de dictature n'ont produit aucun effet et que rien ne permet d'espérer un meilleur avenir.
Le trompe-l'œil poussé à ses limites extrêmes, l'élévation d'une sorte de muraille de Chine entre la France et l'Alsace-Lorraine par la suppression des journaux, les fausses nouvelles lancées dans toute l'Europe par une presse savamment dirigée et soldée sur le fonds des reptiles, ont trop longtemps égaré l'opinion et donné le change aux esprits superficiels. L'heure de la réaction a sonné. Les feuilles aile-
mandes qui s'étaient laissé prendre à leurs propres mensonges, sont aujourd'hui les premières à gémir sur la non-réussite des tentatives de germanisation. On convient que, de ce côté, tout reste à faire. M. de Manteuffel est devenu le deus ex machina sur lequel on compte pour amener des modifications dans l'esprit public et faire la fameuse conquête morale de l'Alsace. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur la popularité du statthalter. Il est venu, il a parlé, il s'est agité dans le vide. La besogne qu'on lui a confiée est ingrate, d'autant plus ingrate que les événements européens paraissent moins favorables au maintien de l'hégémonie allemande et que la situation intérieure de l'empire devient plus mau vaise.
Le rêve que n'a pu réaliser l'Allemagne à son apogée, sous l'impulsion de la force acquise, quand sa suprématie militaire était indiscutée, quand nos milliards remplissaient ses caisses et que M. de Bismarck essayait, remplaçant Paris par Berlin, de faire de cette capitale perdue au nord, la reine des lettres, des arts et de la mode, le nouveau centre de l'univers, quand enfin l'empereur Guillaume, Charlemagne-caporal, jouait dans la trinité des empires le rôle de Dieu le père, est-il supposable qu'elle puisse Taccomplir aujourd'hui ?