CHAPITRE II
ment Tair de la .Marseillaise, ce chant immortel qui, par une ironie du sort, a été écrit et composé à Strasbourg. Et qu'on ne m'accuse pas de charger le tableau. Un écrivain allemand publiait en 1876 un livre sur l'Alsace-Lorraine où je rencontre cette phrase : u J'ai depuis vingt ans visité Strasbourg plus d'une fois; j'y ai fait de longs séjours. Oui, il est parfaitement exact que la langue française est aujourd'hui plus populaire que jamais en Alsace- Lorraine ».
Mais circulez par la ville, entrez dans les rues commerçantes, voyez oii s'arrête la foule, observez les courants et les remous. Voici des librairies allemandes gorgées des produits de Leipzig. Il y a de tout dans la montre. De superbes ouvrages aux titres alléchants, des Vies de M. de Moltke et de M. de Bismarck, des cartes à grande échelle de l'immense empire allemand, de petits opuscules polissons avec des silhouettes de femmes aux hanches plantureuses sur la couverture et, brochant sur le tout, de belles gravures représentant l'empereur Wilhelm sur un cheval fougueux, écrasant sous ses sabots des débris d'obus, au milieu de la fumée des batailles. Les traits du vieux souverain sont éclairés par un rayon d'en haut. Il étend le bras vers des positions formidables et semble appeler à la rescousse les
soldats dont on aperçoit sur le second plan les ombres dégradées. Et, plus loin, le prince impérial, notre Fritz, à la bataille de Reichshoffen, Frédéric- Charles, de Moltke et, à la place d'honneur, le graf von Bismarck. Puis Manteuffel, le futur Statthalter, Fransecki, le commandant en chef du 15« corps, et le musicien AVeber. Jamais un curieux devant ces boutiques.
Je suis entré chez un des principaux libraires, établi rue ***;, et, m armant d'un beau sang-froid, je lui ai demandé dans sa langue de me donner un guide Joanne : Vosges et Ardmnes.
« Nous ne tenons pas les ouvrages publiés en France, me répondit-il.
— Très bien, répondis-je; alors je vous demanderai un livre alsacien que vous devez avoir : les Études statistiques sur l'industrie de l'Alsace, par M. Charles Grad, député de Colmar au Reichstag.
— Nous n'avons pas de livres alsaciens en langue française.
— C'est fâcheux, mais comme j*ai besoin d'un certain nombre de livres, je puis me rattraper. Je vous demanderai donc une publication récente alsacienne allemande : Elsass - Lothringcn vor dem Reichstage.
— Nous ne vendons pas cette brochure.