‹ Le Rhin francaisChapitre 17 sur 166 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

— Mais vous avez bien le livre allemand du Prussien Gustave Rasch : Les Prussiens en Alsace-Lorraine,

— C'est interdit, monsieur.

— Alors, m'écriai-je en guise de conclusion, comme je n'ai pas l'intention de vous acheter le portrait de miss Maud que je vois ici en montre, je serai forcé d'aller ailleurs. Mais avouez, mon cher monsieur, qu'avant de créer une librairie berlinoise à Strasbourg vous auriez dû savoir s'il y existait une clientèle. »

L'Allemand, rouge de colère, se précipita vers son arrière-boutique en me lançant ce trait de Parthe :

(i Allez chez Noiriel, vous trouverez les mémoires de Rigolboche. »

La librairie Noiriel est effectivement une librairie française où j'achetai tous les ouvrages dont j'avais besoin. Et la lumière fut, comme on lit sur le piédestal de la vieille statue de Gutenberg qui trône dans ce quartier, entre un marché aux fleurs et une station de voitures.

A côté de la librairie allemande dont j'ai parlé, se trouvent précisément plusieurs magasins de papeterie et de gravures. Ceux-ci sont français, point n'est besoin de le demander. Le flot des curieux examinant les montres force les passant à descendre du trottoir. De beUes photographies de MM. Grév^^ et

Gambetta sont au premier plan. Au second, nous apercevons une chromolithographie qui fait fureur en Alsace-Lorraine. C'est la reproduction du tableau connu : Le libérateur du territoire, le voilà!

Mais le temps passe , midi va sonner. Je me précipite par la rue des Orfèvres et la place du Dôme vers la cathédrale. Une centaine de curieux, parmi lesquels beaucoup d'Allemands, circulent dans l'immense nef sous la conduite d'un suisse. Celui-ci s'arrête et lève sa canne; nous sommes devant la grille de la grande horloge. Alors d'un ton nasillard, mais en bonne langue française à peine teintée de quelques alsacianismes, le cicérone commence l'histoire de rhorloge : « Vous voyez ici le globe terrestre d'après Copernic avec les révolutions des planètes, le calendrier romain avec les fêtes, réglé pour mille ans, etc., etc.. » Les Allemands, voyageurs arrivés le matin, quelques-uns avec la sacoche en bandoulière, n'y comprennent rien et prennent des airs vexés. On écrit pourtant dans les journaux berlinois que personne ne parle plus le français à Strasbourg. (( Et tenez, poursuit le cicérone, voici l'ange qui va sonner les avant- quarts sur son timbre d'airain.... » Effectivement, tout le mécanisme entre en branle et les gens d'outre-Rhin oublient leur mésaventure.

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