‹ Le Rhin francaisChapitre 19 sur 166 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

répercuter sous ses voûtes mystiquement éclairées par des vitraux sans pareils, d'interroger aussi l'esprit d'un temple que le splendide mausolée du maréchal de Saxe suffirait à sauver de l'oubli.

Les portes de Saint-Thomas étaient fermées et j'attendis sous les arbres du parvis que le sacristain eût achevé son déjeuner. Ce fonctionnaire ne se fit pas trop longtemps désirer. Revêtu d'une sorte de livrée noire à larges boutons d'étoffe comme en portent nos huissiers de ministère, il accourut, son trousseau de clefs en main, me fit verser d'avance un droit de cinquante pfennings et commença son explication en langue allemande. Je le laissais aller sans sourciller, mais il s'interrompit tout à coup :

« Monsieur, me dit-il, est peut-être Français? En ce cas, j'emploierai sa langue.

— Parlez français, lui répondis-je, j'aime mieux cela.

— Voici le chœur, reprit incontinent mon cicérone, commencé à la fin du xiip siècle. Ce n'est qu'au commencement du xiv^ que l'édifice actuel fut terminé. L'ancienne église brûlée datait du ix^ siècle et avait été construite sur la place qu'occupait un palais des princes allemands.

— Vous voulez dire des rois francs, interrompis-jc.

— En effet. Admirez le style de ces lustres. Avançons-nous maintenant. Voici le chef-d'œuvre du sculpteur français Pigalle. Si vous voulez des détails sur ce magnifique morceau de sculpture, consultez ce carton. » Le sacristain m'avait remis une longue pancarte rédigée dans les trois langues, anglaise, allemande et française : « Le personnage debout est le maréchal de Saxe descendant les marches qui le conduisent au cercueil. A droite, sur des drapeaux brisés, l'aigle d'Autriche, le léopard d'Angleterre, le lion belge, à gauche, des drapeaux français à demi déployés et le Génie de la guerre en pleurs tenant son flambeau renversé. Une grande image, la France, essaye de retenir le maréchal et de repousser la Mort. Celle-ci montre au héros le cercueil entr'ouvert à ses pieds, etc.. » Œuvre de premier ordre, c'est vrai , mais avec un défaut de vraisemblance, étant donnée la composition. Le couvercle de la bière s'ouvre en effet à contre-sens, et, si le maréchal de Saxe descendait une marche de plus, il refermerait de son pied le cercueil au lieu d'y prendre place.

Mon cicérone, qui me négligeait visiblement, ayant aperçu une famille anglaise dont le chef était couvert d"un plaid vert à franges, en plein mois d'août, daigna cependant me conduire encore devant d'horribles momies qu'il m'affirma être les corps d'un

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