CHAPITRE II. -il
les deux camps, le vide. D'un côté, une bordure de chaises sur lesquelles se prélassent les moins séduisantes des femmes que la terre ait jamais portées, dans des toilettes étriquées vert pomme et cerise, olive et jaune, avec des chapeaux grotesques, d'où pendent de longs repentirs mal bouclés, et des chaussures qui vous reportent en pleine période carlovingienne, au temps de Berthe aux grands pieds ; de l'autre, quelques jolies Alsaciennes mises avec goût, portant le plus souvent les couleurs du demi-deuil. 11 faut bien faire jouer les enfants.
C'est par cette bande de chérubins, véritable colonie détachée du camp des Tuileries, que le tableau se complète. Essayez de faire jouer ces jeune Alsace, soigneusement tenus, mis à la française, avec le vilain petit monde d'en face, un tas de marmots bien bâtis, comme il convient à de futurs décrocheurs de pendules, mais manifestant pour le mouchoir une aversion vraiment trop prononcée.
La musique continuait. Les morceaux succédaient auxmorceaux. Les Strasbourgeois rentraient chez eux et les officiers en bandes prenaient possession de la promenade. Quelques soldats allaient et venaient sur les bas côtés, saluant leurs chefs avec une raideur exemplaire vnigt-cinq mètres avant de les croiser et gardant la paume de la main collée à la hauteur de
la tempe droite dix mètres après les avoir rencontrés. Même religion des actes extérieurs de politesse chez les officiers. S'ils avaient un respect d'euxmêmes égal à celui qu'ils manifestent pour leurs supérieurs et leurs camarades, on n'aurait rien à reprendre à leur tenue personnelle, mais à toute heure du jour, et surtout de la nuit, on les entend en public tenir des propos, on les voit prendre des attitudes peu convenables. On rencontre légèrement émus ceux qui ont trop fréquenté la bibliothèque du casino militaire, et les Danaés en compagnie desquelles ils se montrent n'attendent que des pluies de cuivre. Point de milieu, ou très louables, ou très blâmables, selon le moment et l'heure. Les mœurs des officiers allemands en dehors du service ne sont pas l'un des moindres étonnements du voyageur.
Non ! il faut l'avouer avec d'autant plus de raison que toute comparaison est impossible entre notre race et l'autre, les officiers français ne peuvent rivaliser avec les Allemands comme tenue extérieure, comme religion des usages prescrits par les règlements, comme déférence apparente envers leurs supérieurs et condescendance publique envers leurs subordonnés, mais si, sous l'uniforme, on cherche l'homme désireux de garder le plus possible le prestige de l'épaulette auquel il croit et la dignité pro-