‹ Le Rhin francaisChapitre 24 sur 166 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Le caractère des Strasbourgeois. — Le jeu de >L de Bismarck. — Le mouvement de 1878. — Jugement d'un Prussien sur l'Alsace-Lorraine. — Les manifestations. — La vérité sur la germanisation. — Deux anecdotes. — Le chiffre de la population. — Le recrutement. — Les soldats alsaciens-lorrains.

J'étais entré en Alsace plein de confiance clans le résultat futur de mon voyage, c'est-à-dire convaincu de la parfaite tenue de nos anciens concitoyens vis-à-vis de l'autorité allemande. Une journée passée au milieu d'eux, dans les lieux publics, m'avait prouvé qu'aucun fait de nature à changer mes opinions ne s'était produit depuis mon dernier voyage. Le Strasbourgeois m'apparaissait tel que j'avais dès longtemps appris à le connaître, patriote, silencieux et sans qualités expansives, mais habitué par un long usage des libertés municipales à ne laisser aucune prise à la dictature. Il subit avec passivité le joug allemand, tolérant, le désespoir au cœur, ce qu'il ne saurait empêcher, mais gardant en lui une foi robuste aussi indestructible que le

granit des Vosges. Au lieu de se contenter des opinions toutes faites qui se sont malheureusement fait jour en France, dans une société de désœuvrés et de sceptiques, démolisseurs nés de tout ce qui est croyance nationale et prestige ancien, qu'on pénètre au foyer des Alsaciens-Lorrains, on les verra secouer le manteau d'indifférence digne et froide dont ils se couvrent en présence des vainqueurs, des occupants, et exposer leurs convictions patriotiques avec une vérité et une chaleur qu'il serait souhaitable de rencontrer plus souvent parmi nous.

N'en aurons-nous pas bientôt fini avec les jugements tout faits, les opinions non raisonnées, et ne tiendrons-nous jamais compte des précédents et des milieux? Que voyons-nous sans cesse ?Des voyageurs qui n'avaient jamais visité l'Alsace avant la guerre de 1870, et ne connaissaient ni son histoire particulière, ni ses vieux usages, ni ses mœurs, ni le caractère de ses habitants, séjourner vingt-quatre heures à Strasbourg et s'écrier au retour dans les journaux ou dans les salons: V Alsace se germanise. Ils entendent parler allemand dans le peuple, et cela leur suffit. L'Alsacien ne se servait-il pas de cette langue en 1865 comme aujourd'hui ? Que leur importe ? Prompts à conclure, gênés par l'ignorance des faits de la veille, on les voit prendre pour un Prussien le

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