‹ Le Rhin francaisChapitre 25 sur 166 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bourgeois donnant un ordre en patois alsacien, Touvrier fumant sa pipe de porcelaine, le commerçant doué de rinliarmonieux accent que Ton sait. Autant vaudrait soutenir, à ce compte, que les Provençaux de Cannes et d'Antibes sont Italiens, les changeurs de Bayonne Espagnols et les hôteliers de Boulognesur-Mer Anglais.

Je ne saurais trop le répéter, Strasbourg est une ville plus française aujourd'hui que dix ans avant la conquête. On mettait alors une certaine paresse à sacrifier les derniers vestiges de l'autonomie antique, on se confinait souvent dans des usages assez semblables à ceux des populations de la rive droite du Rhin. Aujourd'hui , comme c'est protester contre l'annexion que de se rapprocher le plus possible des mœurs et des habitudes de la France du centre, on exagère presque les gallicismes. On se complaît par devoir dans cette étude constante : ne pas paraître Allemands.

Où serait, d'ailleurs, l'habileté de M. de Bismarck, s'il n'avait pas réussi dans une certaine mesure à duper l'Europe sur les véritables sentiments des Alsaciens-Lorrains? J'aurai l'occasion d'expliquer le savant mécanisme de la presse dans les provinces conquises et de la censure qui frappe les feuilles françaises à leur entrée en Alsace-Lorraine. C'est

Tart du trompe -l'œil élevé à sa dernière puissance.

Aussitôt après la signature du traité de Francfort, il y a eu dans ces provinces un double mouvement qui a égaré Topinion. D'un côté, les ardents se sont précipités dans l'option avec l'espoir quune nouvelle guerre éclaterait sous peu; de l'autre, les sédentaires, confiants aussi dans un prompt changement de fortune, se sont confinés dans l'abstention du désespoir. On a pu croire après les étranges déclarations de M^^ Raess, évêque de Strasbourg, que le mouvement d'autonomie allait s'accentuer. On comptait donc beaucoup à Strasbourg sur les élections de 1878. Le candidat agréable à l'administration, M. Berckmann, était d'autant plus en droit d'espérer un succès que trois mille Allemands venaient d'être inscrits sur les listes, représentant, à eux seuls, le quart de la population électorale. M. Schnéegans absolument rallié, sous le faux nom d'autonome, à la politique de M. de Bismarck, entraînait à sa suite un groupe de partisans qui, dans Strasbourg, s'élevait à près de quinze cents voix. Mais un grand changement s'était opéré dans les esprits depuis 187Zi. On avait vu fonctionner la dictature, compris le danger de la politique préconisée par M. Schnéegans, repris courage. On s'était dit : Restons nos maîtres,

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