‹ Le Rhin francaisChapitre 26 sur 166 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et usons pour faire acte d'opposition allemande des forces qui nous restent.

C'est pourquoi, en 1878, après sept années de compression, de dictature gouvernementale et municipale, la ville de Strasbourg, malgré ses électeurs allemands et ses égarés autonomistes a envoyé au Reichstag M. Kablé, député de la protestation, avec deux mille six cents voix de majorité. Depuis lors, l'opinion a d'autant plus progressé que la France a repris plus de forces, que la politique bismarckienne a subi plus d'échecs déguisés en Europe. Le groupe de M. Schnéegans pourrait tenir aujourd'hui dans sa main. Ce sceptique audacieux a compris que la comédie était jouée. Nous venons de le voir renoncer à son mandat et recevoir ses trente deniers sous forme de sinécure dans le gouvernement du statthalter de Manteuffel. Il est maintenant M. le conseiller ministériel Schnéegans, mais se garde bien de porter ses pas autre part que dans les brasseries allemandes.

Si, m'abstenant d'insister sur le changement qui s'est récemment opéré en Alsace, je cherche ailleurs des jugements sur la situation de l'Allemagne de ce côté du Rhin, puis-je faire mieux que de citer un écrivain prussien, M. Gustave Rasch, dont Touvrage, les Prussiens en Alsace-Lorraine^ vient d'être traduit

par M. Louis Léger? Comment s'exprime-t-il sur la solidité de la conquête, sur l'amour des populations reconquises par la Grande-Allemagne, sa patrie? Écoutons-le :

« J'ai souvent, dit-il, visité la Lombardie et la Vénétie, à l'époque où les généraux autrichiens gouvernaient ces provinces par l'état de siège et les tribunaux militaires. La haine de la population italienne contre les officiers, les employés et les soldats autrichiens, était aussi opiniâtre que violente. Il no pouvait être question de relations sociales entre les Italiens et les Tedeschi... Ce que j'ai vu en Italie, je l'ai vu en Alsace-Lorraine. Même haine, même isolement vis-à-vis des employés, des officiers, des soldats prussiens.

« Les feuilles officielles ou nationales-libérales de Prusse se hasardent parfois à affirmer que les relations sociales se sont améliorées dans les nouveaux pays d'empire. Je dois d'avance considérer ces assertions comme des inventions d'écrivains payés sur les fonds secrets. Les faits produits par eux sont généralement inventés. J'affirme — et des Prussiens aussi bien que des Alsaciens m'ont confirmé dans cette idée — que les relations sont actuellement pires qu'au début de l'occupation, dans les campagnes comme dans les villes. »

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