‹ Le Rhin francaisChapitre 28 sur 166 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

douées par la nature, si mal partagées aujourd'hui, se renferme en lui-même, se méfiant de l'homme qui passe, 'supportant patiemment son sort, ne donnant aucune prise à la répression, ne se livrant jamais, réservé, regardant passer. Il n'a pas cette exubérance méridionale qui faisait ricaner l'Italien sous les baïonnettes des Tedeschi, et donnait naissance à des conspirations de mort entre les élèves des universités. C'est un descendant des fiers Alsaciens des villes libres, alourdi dans ses habitudes germaniques. L'esprit pratique, prompt à la compréhension, facile, libéral, qu'il doit au mélange de sang gaulois, le rend cependant impropre aux choses nébuleuses d'Allemagne. Le temps peut marcher, les périodes historiques se succéder, le citoyen plein d'énergie, le bourgeois moN en âge ne changera pafe. « Les deux populations allemande et française sont aussi séparées dans la vie alsacienne, me disait un habitant de Strasbourg, que les eaux de l'IU et du Rhin qui courent si longtemps côte à côte sans se confondre. ))

Je m'étais fait une opinion basée sur les faits les plus concluants, j'avais emprunté leurs jugements à des Allemands qu'on ne saurait suspecter de partialité envers la France, mais je n'avais pas encore consulté les Alsaciens eux-mêmes sur la question

5i LE RHIN FRANÇAIS.

de germanisation. Le surlendemain de mon arrivée à Strasbourg, dînant chez un ami, en compagnie de quelques notabilités non politiques qui passent pour assez gênantes aux yeux de l'administration allemande, j'abordai ce sujet délicat et, mettant, comme on dit vulgairement, les pieds dans le plat, je déclarai qu'à tort ou à raison beaucoup de Français et des mieux posés croyaient à la germanisation de l'Alsace.

— Mon Dieu, me répondit un homme éminent, dont je regrette (on en comprendra le motif) de ne pouvoir citer le nom, vous ne me surprenez pas; nous savons exactement ce qui en est. L'opinion dont vous parlez est profondément injuste, illogique et, au point de vue français, antipatriotique, mais il convient d'avouer qu'elle a sa raison d'être. Paris est une immense machine à centralisation. On arrive à n'y plus tenir compte des extrémités. C'est la pieuvre aux cent bras, qui ne saurait avoir conscience des amputations successives qu "o;î lui fait subir. Nous, au contraire, nous étions des décentralisateurs, des autonomistes clans le vrai sens du moly quand nous avions le bonheur d'être Français. Rappelez-vous le mouvement si franc et si net de décentralisation alsacien-lorrain, la publication des revues Varia et Francs-Propos. Nous sommes restés nous-

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