CHAPITRE III. o
bourg, la population masculine n'est composée que d'enfants et de vieillards. La raison en est bien simple. Avant la guerre, la population masculine était à la population féminine comme 99 est à 100. On ne compte maintenant dans les campagnes que 9 0 hommes pour 100 femmes. Cette proportion tombe dans les villes jusqu'au-dessous de 80 pour 100 \ Prenez, par exemple, une ville de 80,000 habitants, ^Ile ne réunira en chiffres ronds que 35,000 hommes outre ^^,000 femmes. Eh bien ! la proportion des hommes de 20 à 25 ans n'est que 7 pour 100 sur ces o5,000,En d'autres termes, c'est environ 2,500 jeunes gens pour une cité de 80,000 âtnes. L'émigration est donc très considérable et elle affecte toutes les formes. Elle ne s'accomplit pas uniquement au proilt de la mère-patrie ; la Suisse, la Belgique, les deux Amériques reçoivent leurs contingents. Cette émigration a naturellement dépeuplé la Lorraine beaucoup plus que l'Alsace. N'oubliez pas que beaucoup de nos paysans du Rhin auraient été contraints, s'ils avaient opté pour la nationalité française, d'apprendre une langue dont ils ne connaissaient, grâce
1. D'après le dénombrement général officiel de 1876; il y a en France 18,373,639 hommes et 18,532,149 femmes. La proportion est donc de 99.15 hommes pour 100 femmes.
à leur passage dans les écoles primaires, que les simples rudiments. Néanmoins, et pour vous faire saisir dans tous ses détails le problème de l'émigration, je vais vous citer des chiffres, à peu près officiels, ne s'appliquant qu'à l'Alsace; vous verrez alors ce que l'Allemagne a fait de notre province. Ces chiffres sont on ne peut plus utiles à connaître, tant au point de vue de la germanisation qu'au point de vuemiUtaire. Si nous prenons la population des deux départements français du Haut-Rhin et du Bas-Rhin d'après le recensement officiel de 1866....
— Mais, objectai-je, le Haut-Rhin a été diminué du territoire de Belfort et TAlsace a été grossie par l'adjonction du canton de Schirmeck enlevé au département des Vosges.
— Sans doute, et nous tenons un compte exact de ces différences. La population des deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, diminués de Belfort et augmentés de Schirmeck, s'élevait en 1866 à 1,090,000 habitants. L'excédent des naissances sur les décès était alors de 27 pour 100 et promettait pour le recensement de 1871 une augmentation des plus considérables. Au lieu d'un accroissement qui pour la période de 1856 à 1861 avait été de 31,000 et pour celle de 1861 à 1866 de 25,000 habitants, l'Allemagneconstataenl871unediminutionde37,000âmes