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CHAPITRE III

Dans les villes, quelques familles aisées, ralliées au prétendu système autonomiste, ont poussé leurs jeunes gens vers le volontariat. Quelques-uns sont officiers de réserve à la suite d'assez brillants examens. Aucun, à ma connaissance, ne sert comme officier dans l'armée active.

— N'éprouve-t-on pas, dis-je, quelque embarras à rencontrer dans les familles strasbourgeoises ces soldats malgré eux, à se trouver en contact avec des officiers allemands d'Alsace ?

— Nous n'aimons pas, me répondit mon obligeant interlocuteur, à parier des soldats alsaciens-lorrains. Le recrutement est, en effet, le signe le plus évident du servage. Notre ligne de conduite est bien simple. Nous fermons la porte à tous les jeunes gens du pays qui se sont laissé enrégimenter, étant dans une position de fortune suffisante pour émigrer. Nous les blâmons plus ouvertement encore s'ils sollicitent un grade. Quant à ceux qui, pauvres et dénués de toutes ressources, sont absolument contraints d'endosser l'uniforme, nous les plaignons sincèrement et nous les accueillons sans aucun reproche. Les gradés, d'ailleurs, exercent leurs fonctions pour éviter les rigueurs du service et non par adhésion aux principes allemands. Au moment où l'Allemagne menaçait la France, en 1875, tous ces braves gens ont

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passé par des angoisses terribles. Je vous ferai lire les lettres touchantes qu'écrivait à son père, mon ami, un ancien ofificier de réserve en garnison dans une ville allemande. Vous verrez si TAllemagne a gagné le cœur d'un seul véritable Alsacien. J'ajouterai que volontaires d'un an ou soldats du service de trois ans, les Alsaciens-Lorrains rentrent dans leurs foyers sans avoir été aucunement modifiés par la férule militaire et la propagande de gloire germaine. Beaucoup d'entre eux appartiennent aujourd'hui ouvertement, quoique liés au service en temps de guerre, au parti le plus anti-allemand de Strasbourg. »

Le lendemain, je me trouvais de bon matin sur l'un des talus qui protègent le canal des faux remparts, non loin de ce faubourg de Pierre qui fut entièrement détruit par les obus allemands. Je dominais de ce point élevé l'une des cours intérieures de la caserne de Finckmatt. où, le 30 octobre 1836, celui qui devait coûter à la France l'Alsace et la Lorraine tenta, par un pronunciamieiito militaire, d'escalader les marches du trône impérial qu'un autre attentat aux lois devait lui permettre de franchir seize ans plus tard.

J'ai vu du haut de cet observatoire équiper quelques réservistes strasbourgeois, fils de ceux que les

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