‹ Le Rhin francaisChapitre 34 sur 166 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

projectiles des Badois ont mutilés ou ruinés, frères cadets des héroïques soldats de Reichshoffen ou de Gravelotte. C'est, j'en conviens, un spectacle lamentable pour un Français, mais les pudeurs d'un faux patriotisme doivent-elles nous empêcher de sonder nos blessures ? Ne posséderons-nous jamais ce sangfroid qui permet à nos vainqueurs d'envisager les choses au point de vue purement objectif ?

Si le cœur d'un Français se serre au point de se briser à la vue de ces jeunes gens contraints de payer l'impôt du sang à ceux qui nous en ont déjà tant fait verser et de coiffer le casque à pointe, objet de leurs terreurs d'enfants et de leurs premières manifestations patriotiques quand ils arpentaient, en 1870, à Page de quinze ans, les rues du vieux Strasbourg, derrière nos régiments courant, hélas! à la défaite, certaines impressions consolantes naissent cependant, pour lui, d'un pareil spectacle.

Obéissants, ponctuels comme leurs aînés de l'armée française, les Alsaciens, rangés sur deux rangs, recevaient leurs effets d'habillement et se rendaient dans les baraques pour les revêtir. Pas un cri, pas un chant. Aucun mélange avec les frères de la Grande-Allemagne. Impossible, d'ailleurs, de confondre les deux éléments. A côté du porte-pointe lourd, épais, aux pieds cyclopéens, à la démarche

ursine, passait le fin soldat, aux allures dégagées, à l'œil franc et clair, aux mouvements harmonieux. On cherchait involontairement le képi de celui-ci ; on aurait été étonné de ne pas apercevoir le casque de celui-là.

« Eh bien, me dit un soldat alsacien, gêné dans son uniforme, cherchant les ruelles pour gagner le domicile de ses parents, rougissant à la vue d'habitants de sa connaissance ; eh bien, monsieur, vous avez vu cela, c'est quelque chose de joli, n'est-ce pas? en voilà pour six semaines ; mais le dessous de l'uniforme n'est pas swoob S allez !

1. Cette expression, qui veut dire en réalité souabe, est considérée par les Allemands comme une très grave injure.

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