CHAPITRE IV
quents entre le conseil élu, jaloux de sauvegarder les intérêts de la ville, en défendant l'autonomie communale, et l'administration allemande travaillée du désir d'employer l'argent des Strasbourgeois à des œuvres utiles.... à l'armée prussienne. Sous prétexte de faire de Strasbourg une immense cité, la vraie capitale des contrées du Rhin, un rendez-vous allemand par excellence, un centre de lumières, Fautorité manifesta l'intention de détruire les anciennes fortifications à la Vauban. L'opération était basée sur ' un plan financier des mieux conçus. On offrait à la ville 3 millions de marcks sur l'indemnité de guerre (3,750,000 francs) et les terrains qui resteraient libres par suite du déblaiement, si elle consentait à se charger à forfait de l'entreprise. C'était estimer les terrains à 17,750,000 francs, puisque le devis des travaux s'élevait à 17 millions de marcks, soit 21 millions de francs.
Le conseil municipal et le maire, M. Lauth, ne se laissèrent pas prendre au tour de la carte forcée et refusèrent les offres de l'autorité. Quel parti immédiat pouvait tirer la ville, en ce temps d émigration, de terrains hors l'ancienne enceinte? Aucun. On lui proposait en réalité de se charger, aux lieu et place de l'État, d'une énorme dépense d'ordre militaire, quelques mois après un bombardement
dont elle n'avait pas encore effacé les traces. Mais Tadministration allemande ne pouvait en rester là.
Les journaux d outre-Rhin répandirent tout à coup le bruit que M. Lauth, maire de Strasbourg, avait dit en public : « Je ne resterais pas à la mairie si je n'avais l'espoir que l'Alsace fera prochainement retour à la France. » La calomnie fit son chemin dans les feuilles nationales-libérales et M. Lauth fut brutalement destitué, sans enquête préalable. On avait, comme on dit, trouvé le joint. Le livre allemand de M. Rasch, les Prussiens en Alsace-Lorraine^ contient à cet égard la déclaration suivante qui a été faite par M. Lauth à ce publiciste : « Je n'ai jamais fait mystère de mes convictions politiques au président de Mœller ou au général de Hartmann ; je leur ai plusieurs fois répété ceci : Je vous dirai toujours îa vérité, toute la vérité ; je représenterai de mon mieux, auprès de vous, suivant ma conscience, les intérêts de la ville de Strasbourg; je ne mentirai pas, du reste, à mes convictions. Je suis républicain et Français; je resterai l'un et l'autre. Mais je n'ai jamais déclaré que si je restais maire, c'était uniquement dans l'espoir de voir les Français revenir ici et Strasbourg rendu à la France. »
Les quatre adjoints donnèrent leur démission. On ne l'accepta pas, ils furent révoqués. Le conseil pro-