CHAPITRE IV
testa, il fut d'abord suspendu, puis dissous sans autre forme de procès.
M. de Bismarck venait sur ces entrefaites de se faire autoriser par le Beichstag à nommer, dans certains cas, en Alsace-Lorraine, des commissaires municipaux faisant fonctions de maires. Si les conseils municipaux des villes munies d'un commissairemaire venaient à être dissous, ce commissaire prendrait possession de toutes les attributions des conseils et cumulerait les deux fonctions.
Un pareil déni de justice, un pareil outrage à la loi et au bon sens, voté par une Assemblée dont la majorité se disait libérale ! M. de Bismarck vient, dans la dernière campagne électorale pour le Landstag prussien, de traiter ces libéraux comme des valets, et il a eu raison. Je le demande aux publicistes de tous les pays, la dictature a-t-e lie jamais été poussée aussi loin et affichée avec une telle impudeur ? Voilà le régime sous lequel végète Strasbourg depuis 187/^.
Il fallait un instrument docile. On trouva un directeur de police, M. Bach, qui, séance tenante, fut investi des doubles fonctions de maire et de conseil municipal. Il opéra, sans aucun contrôle, sur un énorme budget.
S'agit-il d'ouvrir un crédit ? M. Bach, maire, fait une proposition ; M. Bach, conseil municipal, délibère
et vote ; il redevient maire pour porter l'arrêté à la connaissance des intéressés. D'énormes affaires ont été conclues par lui dans ces conditions. Illégalité et bouffonnerie mêlées !
Ce n'est pas que ce fonctionnaire ait méconnu son immense responsabilité. Sommé de donner une suite immédiate à la proposition d'agrandissement de la ville, il résista d'abord, trouvant cette prétention monstrueuse. La menace d'une destitution le détermina seule à agir. M. Bach proposa donc et signa, au nom de la ville, le traité d'échange des terrains laissés libres par la destruction des remparts contre une somme de 21 millions de francs.
Strasbourg, engagée par cette signature, paye, depuislel"janvierl879, une somme de 1,250,000 francs tous les six mois jusqu'à parfait payement, et prend possession du périmètre d'agrandissement tracé par les ingénieurs militaires. Les frais de nivellement et de mise en état de viabilité coûteront 20 autres millions. C'est une charge de ^0 millions léguée à la ville par M. Bach. J'ajoute que la situation des affaires en Alsace ne permet pas d'espérer que la ville puisse tirer parti des terrains reçus en échange ^
1. Dans la séance du Reichstag du 7 février 1876, M. Tabbé Guerber, curé de Haguenau et député de Guebwiller, demanda en vain que le traité d'acquisition fût au moins soumis au