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CHAPITRE IV

Mais le temps a marché, le déficit est venu, criant, immédiat, impossible à parer ^ L'administration allemande n'a plus qu'un moyen devant elle pour que Strasbourg puisse faire face à ses engagements : l'emprunt. La signature de M. Bach, le chancelier le comprend, ne suffit plus. L'Europe n'a pas une confiance suffisante dans ce directeur de police bombardé dictateur municipal. On est sur le point d'appeler lesStrasbourgeois à élire un conseil avec mission de pallier les fautes commises. Comment intro- 'duire dans ce conseil quelques Allemands parmi lesquels on choisirait un magistrat municipal, une sorte de maire à tout faire ?

Le moyen est assez simple. On supprimera le scrutin de liste qui donnerait une immense majorité aux protestataires et, à l'aide d'un habile sectionne-

nouveau conseil à élire. Le Reichstag vota purement et simplement un projet de loi « autorisant le chancelier de l'Empire à consacrer dix-sept millions de marcks à l'agrandissement et à l'enceinte de Strasbourg et à vendre à la ville au prix de dixsept millions de marcks les terrains dont l'administration militaire peut se passer.

i. Le budget de Strasbourg pour l'exercice 1879-1880 se chiffre par 3,239,420 marcks, dont 1.537,420 de dépenses extraordinaires. L'annuité pour achat forcé des terrains mili-

ment de quartiers, on fera nommer un conseil hostile, c'est vrai, mais panaché de quelques Allemands et d'autonomistes.

Il est à remarquer qu'en plus d'une circonstance, l'autorité s'est avouée vaincue. C'est ainsi qu'elle a donné aux recrues de langue française des instructeurs français et qu'après un long entêtement elle a consenti à laisser une troupe française jouer au théâtre de Strasbourg. On alterne maintenant entre une troupe allemande d'opéra et une troupe de comédie française et d'opérettes, le tout sous la direction de M. Heuler. La population est divisée sous le rapport du théâtre en trois catégories. Il y a les Strasbourgeois qui vont au théâtre français sans jamais mettre les pieds au théâtre allemand, c'est le plus grand nombre. Il y a ceux qui ne vont ni à l'un ni à l'autre. On en rencontre enfin quelques-uns que leur amour de la musique pousse à se montrer de temps en temps sur les banquettes à peu près vides de l'opéra allemand.

Le Strasbourgeois rentre chez lui de bonne heure ou se confine dans l'une des nombreuses brasseries où les Allemands n'ont pu élire domicile. C'est là, autour des tables de bois, garnies de chopes d'habitués à couvercles de porcelaine historiée, qu'on vide le plus souvent possible, au milieu du va-et-vient

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