‹ Le Rhin francaisChapitre 42 sur 166 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tu cela? Tu m'as l'air d'un bon garçon qui a été bien sage aujourd'hui ? ))

L'enfant faisait le gros dos, ne répondait rien et ne se tournait pas vers son interlocuteur.

« Tu es timide, continuait Tofficier, je vois cela. Mais si je demandais pour toi un beau biscuit, tu me donnerais bien la main, n'est-ce pas ? d

L'enfant s'impatientait et cherchait de l'œil son père dans l'orchestre. Chaque fois que l'Allemand se penchait vers lui, il se détournait.

« G'estbien, disait encore celui-ci, tu ne me connais pas et tes parents t'ont défendu de parler aux gens qui ne sont pas de leurs amis. Mais avec moi tu peux répondre. »

L'enfant n'y tenait plus, il se mordait les lèvres :

u Non ! s'écria-t-il tout à coup, en regardant l'officier bien en face, de ses grands yeux clairs, puisque vous êtes Prussien ! »

Mon voisin essaya bien d'avoir le dernier mot ; mais le cher petit Français était rentré dans son mutisme.

Ah ! les braves enfants ! Partout les mêmes en Alsace-Lorraine. On m'a conté, à leur sujet, ou plutôt au sujet des jeunes Allemands fils d'employés du gouvernement l'anecdote suivante : l'année dernière, dans un village des environs de Metz , où

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l'empereur Guillaume voulut bien s'arrêter, on lui présenta quelques enfants accompagnés de leur maître d'école. Ils chantaient en chœur , avec un certain entrain, l'hymne national allemand et tendaient à ce vieux souverain, que les idylles émeuvent et que les plus sombres, tragédies laissent froid, leurs petites mains pleines de fleurs. Guillaume eut un mot charmant à l'adresse de ces fils d'ilotes et un regard plein de promesses pour le Kreissdirector. Le lendemain, l'empereur eut encore la joie de voir un groupe d'enfants rangés militairement devant l'école d'un autre village et qui murmuraient quelques strophes en son honneur. Son illusion ne fut pas longue. Il se tourna vers le fonctionnaire allemand et lui dit avec une certaine sévérité :

« Je vois bien que ce sont les mêmes enfants que j'ai déjà complimentés hier, je les reconnais tous ! » Et il ajouta : « Sont-ils nés dans le pays au moins ? »

Le Kreissdirector garda le silence.

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