CHAPITRE V
Tournée militaire autour du camp retranché de Strasbourg. — La plaine de Kœnigshoffen. — Le fort Bismarck. — Faiblesse de cet ouvrage. — Les forts Grand-Duc-de-Bade et Prince- Impérial. — Un nouvel ouvrage, — Les forts de Roon, de Moltke et Fransecki. — Les défenses du sud et de l'est. — L'armée d'occupation. — Un souvenir de 1867. — Intérieur d'un fort.
Je m'étais mis en tête de parcourir la ligne des ouvrages extérieurs du camp retranché de Strasbourg, de compter les forts dont l'immense ceinture se déroule au loin, sur les deux rives du fleuve, d'en faire soigneusement le tour, de les examiner un à un, de relever pour mon compte personnel (qui sait ce qui peut arriver ?) leur position exacte et leurs angles à la boussole et au pas. Je me proposais même, si la chose était possible, de pénétrer dans l'une de ces caves fortiûées. Le moment était bien choisi pour circuler librement dans la campagne. La chasse venait de s'ouvrir et la garnison des forts avait été réduite au strict nécessaire, par suite de l'entrée dans la période d'instruction et de manœuvres.
C'est dans un break attelé de deux chevaux vigoureux, au fond duquel ma carte d'état-major déployée sur un tréteau et recouverte d'un châle échappait à tout examen, que j'ai pu faire le tour des ouvrages, ra'arrêter aux endroits propices et prendre les notes les plus indispensables. Le fusil que je portais, ma tenue, les chiens qui gambadaient sur la route, la livrée du cocher mis à ma disposition éloignaient toute méfiance.
11 faut consacrer trois longues journées à ce voyage circulaire. On peut commencer par la région ouest, nord-ouest, nord ; en quittant Strasbourg par la porte Nationale et en y rentrant par la citadelle, c'est une tournée d'environ 35 kilomètres. La seconde sortie sera employée à l'ouest, sud-ouest, sud, et prendra un peu moins de temps. On terminera par la visite des forts de la rive droite du Rhin, région de l'est. C'est ainsi que j'ai opéré.
Sorti par la porte Nationale ou porte Blanche {Weissenthurmtlior), je m'engageai sur la route de Strasbourg à Paris par Saverne, et après avoir traversé le chemin de fer circulaire au point d'intersection de la ligne de Strasbourg à Bàle et le long village de Kœnigshoffen, sur l'une des maisons duquel on peut lire ces mots gravés dans le marbre : « Incendiée par les obus allemands le 24 août 1870', réédi-