‹ Le Rhin francaisChapitre 44 sur 166 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fiée le...» je découvris bientôt lïmmense plaine qui s'étend, à droite de la route, entre Kœnigshoffen et les hauteurs d'Hausbergen.

De nombreuses escouades de travailleurs circulaient dans les champs pendant que, près de moi, s'élevaient déjà les tribunes construites en prévision de la grande revue de l'empereur Guillaume. En effet, les voyageurs allemands accouraient à Strasbourg, en bandes serrées pour assister aux fêtes impériales de la fin de septembre. Les ouvriers couvraient de sable fin les larges espaces réservés aux déploiements et aux défilés. On arrachait les récoltes encore en terre. Les paysans qui les avaient arrosées de leur sueur regardaient avec une stupéfaction mêlée de terreur ces travaux de vandales ivres de militarisme et, quoique indemnisés en partie de leurs pertes, murmuraient entre leurs dents : « N'est-ce pas perdre le bien du bon Dieu ? »

Le monde germanique, l'armée, le haut état-major sont habitués à de semblables spectacles de guerre, mais cette solennité les attirait plus que de coutume. On avait le vague pressentiment que cet<e revue serait peut-être le couronnement de la carrière si longue du vieux monarque, la dernière du grand règne. L'octogénaire auquel la mort a tant de fois fait grâce, voulait fouler encore une fois la terre française, la

terre conquise. Du haut du monticule ménagé près de la route de Saverne, n'allait-il pas voir sur sa droite s'élever la haute tour dont les dentelles de pierre ont été déchirées tant de fois par les obus de sa grosse artillerie ; sur sa gauche, les collines d'Oberhausbergen et la ligne des forts commandant les routes de Paris, de Haguenau et de Wissembourg ; et à ses pieds le noir fourmillement de ses bataillons ?

Une certaine curiosité politique se mêlait pour les voyageurs à Tattrait des fêtes militaires. On croyait même en Allemagne, que l'empereur profiterait de son séjour en Alsace pour tenter, à propos de la mise en vigueur de la nouvelle organisation, une réconciliation avec ces provinces. On se leurrait d'un vain espoir.

A la sortie du village de Kœnigshoffen, on découvre les hauteurs sur lesquelles se dressent les forts d'Oberhausbergen et de Niederhausbergen.

Les pavillons de signaux de ces ouvrages se voient de très loin. On quitte bientôt, à 2 kilomètres 300 mètres de Strasbourg, la route départementale courant sur la gauche vers Flexbourg. Ce chemin forme un angle aigu avec la route de Saverne. On passe par le village d'Eckbolsheim pour arriver, peu après, à Wolfisheim (5 kilomètres). C'est en avant

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