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CHAPITRE PREMIER

merveilleux ferment de gloire, de cet outil d'unité, de ce levier qui soulève les montagnes : un objectif national, tel était le projet soigneusement caressé par M. de Bismarck.

Le moment était bien choisi. La France luttait péniblement pour ses libertés et payait les erreurs d'une ère de chauvinisme par les déboires d'une ère de découragement. Autant elle s'était montrée extrême dans sa confiance, autant elle s'exagérait ' la portée historique de malheurs dont elle n'était qu'à demi responsable. Nous nous enfoncions dans le scepticisme et le deuil national avec une ardeur de renoncement qui s'affirmait en raison inverse de nos anciens désirs de suprématie universelle. Engourdis sous le regard de caméléon du chancelier de l'empire d'Allemagne, nous avions perdu tout ressort.

Notre monde politique pousse à fond ses terreurs comme notre armée ses paniques. Le public, façonné aux mœurs de la centralisation à outrance, ne se rendant compte, par ignorance historique et géographique, ni de l'immense perte que nous avions faite, ni des questions soulevées par un pareil démembrement, ni des douleurs de ces provinces autour desquelles l'Allemagne a élevé une sorte de muraille de la Chine, se laissa peu à peu envahir par

î? LE RHIN FRANÇAIS.

l'opinion fabriquée dans les feuilles allemandes, transmise par les mille voix des agences et machinalement reproduite par les journaux français, que l'Alsace-Lorraine, sans se germaniser, dans le sens étroit du mot, acceptait plus philosophiquement que de raison la situation qui lui était faite.

Mais le temps marche et nous pousse, les périodes historiques se succèdent sans se ressembler, et la vérité reprend ses droits. Un mouvement encore inconscient mais appréciable s'est opéré dans les esprits. On étudie, on veut savoir, on reprend courage.

Les étrangers ont été les premiers à s'apercevoir de ce réveil. Ils l'attribuent à la consolidation des institutions républicaines et à la rupture de l'alliance des trois empereurs. C'est ce que m'expliquait un de mes compagnons du train international de Paris à Vienne que je devais abandonner à Strasbourg.

Sauter sur le marchepied d'un sleepmg car, c'est déjà sortir de France. Le compartiment oi^i vous prenez place, et dont les canapés se transformeront tout à l'heure en autant de lits confortables, est presque toujours occupé par des voyageurs à lointain objectif, habitués à franchir sans sourciller les frontières et les lignes de douane. Ce sont des Viennois, des Hongrois, des Roumains qui viennent de prendre le ton sur nos

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