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CHAPITRE PREMIER

boulevards, de placer leurs fils dans nos lycées ou de conclure quelque grande affaire. La locomotive n'a pas donné son dernier coup de sifflet que la conversation s'engage entre gens liés d'avance par ces points de contact : l'habitude des voyages et le goût des choses françaises.

Mon voisin était un grand industriel hongrois, possesseur de mines dans les Carpathes. Nous tenions tous deux à la main le même journal du soir. Il n'en fallut pas plus pour nous mettre d'accord. La lecture d'une note empruntée à une feuille semi-officielle russe, au sujet de « la guerre de plume » engagée entre Berlin et Pétersbourg servit d'entrée en matière.

(( Vous êtes Français, me dit M. de X., ou Alsacien — ce qui est la même chose — puisque vous nous quittez à Strasbourg; exphquez-moi donc pourquoi, ni dans vos journaux, ni dans vos salons poUtiques, il n'est question qu'en termes à peu près indifférents de la rupture si grosse de périls qu'accusent ces polémiques. Est-ce ignorance de la question? est-ce habileté?

— ?si l'un ni l'autre, m'empressai-je' de répondre; nous soupçonnons, avec le reste de l'Europe, que la lune de miel prusso- russe s'est définitivement éclipsée; mais nous n'obéissons à aucun mot d'ordre

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en passant sous silence des événements qui nous laissent froids.

— Tous les cabinets ont cependant les yeux tournés vers vous. On vous observe. On voudrait savoir ce que vous feriez dans certaines hypothèses.

— Sans doute, et c'est une raison de plus pour la France de s'abstenir. Si nous avions exagéré plus encore cette abstention en négligeant même les questions secondaires issues du Congrès de Berlin, l'Europe n'aurait pas attendu la rupture des liens d'alliance entre l'Allemagne et la Russie pour s'apercevoir qu'il manque à la politique contemporaine un de ses facteurs nécessaires. Mais c'est plutôt à vous qu'il convient de demander comment cet événement est apprécié en Autriche et ce qu'on y pense de l'abstention de la France.

— Je répondrai d'abord à votre dernière question. Votre attitude de renoncement, de réserve, d'égoïsmc si vous voulez, embarrasse, mais on l'admire, et vous devenez malgré vous, plus vite peut-être que si vous aviez une politique européenne, le grand X de l'avenir. Vos ressources financières sont immenses, votre armée sera bientôt prête, pousserez-vous jusqu'au bout ce duel silencieux à coups de millions et d'armemenis dont l'Âlsace-Lorraine sera vraisemblablement le prix? Quant à Fopinion que nous pouvons

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