‹ Le Rhin francaisChapitre 54 sur 166 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

les conquérants et les conquis. La force deviendrait le droit.

Malheureusement pour M. de Bismarck, le délai d'une année entre le l*'" janvier 1873 et le 1" janvier 1874, délai demandé par les autorités, la préparation ne paraissant pas suffisante, n'amena aucune modification dans les sentiments de la population. Les citoyens qui avaient signifié devant l'Assemblée de Bordeaux, en 1871, à l'Allemagne et au monde^ leur immuable volonté de rester Français, n'avaient pas changé. L'option enlevant aux pays du Rhin des milliers de patriotes, s'était à peine fait sentir. L'Alsace-Lorraine élisait le 2 février 1874 ses députés au Reichstag allemand. Elle donnait 192,633 suffrages aux candidats anti- allemands n'acceptant pas le traité de Francfort, 37,906 aux prétendus autonomistes alsaciens qui ne retrouvèrent plus cette fortune et 9,835 suffrages aux candidats allemands.

Ce fut dans toute l'Allemagne un cri de rage. Il fallut bien s'avouer que les frères r^econquis n'avaient été ni vaincus par l'état de siège, ni gagnés par les promesses d'autonomie. Oh ! pour qui connaît l'orgueil germanique , quel soufflet ! L'Europe, qu'on espérait leurrer, allait savoir et connaître. En effet, la vaillante députaîion d'Alsace-Lorraine avait déposé, dès son entrée au Reichstag, la motion suivante :

<( Plaise au Reichstag ordonner que TAlsace et la Lorraine, qui, sans avoir été consultées, -ont été annexées à l'Allemagne, soient appelées à se prononcer sur cette annexion. »

Les promesses étaient oubliées. Il s'agissait bien maintenant de donner à ces populations les mêmes droits qu'aux Allemands de la rive droite du Rhin. On ne s'occuperait que d'une chose : châtier les rebelles. C'est ainsi que la Constitution de l'empire fut appliquée en Alsace-Lorraine, mais qu'aucune Constitution particulière ne permit aux populations de discuter leurs intérêts propres. Encore y avait-il violation de la loi, même en ce qui concerne la Constitution de l'empire, puisque l'Alsace-Lorraine, représentée au Reichstag, ne Tétait pas au Conseil fédéral allemand !

Le pouvoir gouvernemental , sans restrictions , appartenait à l'empereur, et le pouvoir législatif à l'empire. 11 y avait mieux. Comme entendre les réclamations des députés d'Alsace-Lorraine au Reichstag pouvait devenir ennuyeux, l'empereur s'était fait -donner le droit, en l'absence du Reichstag, d'édicter des lois, d'accord avec le Conseil fédéral où, comme je viens de le dire, l'Alsace-Lorraine n'était pas représentée.

M. de Bismarck, aidé par M. Herzog, présentement

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