CHAPITRE VI
des aiguilleurs, des tisseurs», comme le disait l'abbé Winterer, député au Reichstag, dans la séance du 17 décembre 1874. Toute la bohème d'Allemagne s est abattue sur l'Alsace-Lorraine. Ces maîtres, non pourvus de diplômes, ignorent absolument tout ce qu'ils ont mission d'enseigner, mais ils ne parlent qu'allemand, et c'est là le grand point.
« Tenez, me disait un ancien professeur, forcé de renoncer à ses leçons, on bannit la langue française avec une telle fureur, que l'enseignement au cachet par des maîtres indépendants est lui-même persécuté.
— Quel a été, demandai- je, l'effet produit par ces mesures vexatoires?
— Un effet, me répondit mon interlocuteur, auquel l'administration allemande était loin de s'attendre. Toutes les familles ont immédiatement envoyé leurs enfcgits s'instruire à Pont-à-Mousson, à Lunéville, à Naacy, à Belfort, à Bàle, à Zurich. Les Allemands ont eu la naïveté de croire que plus ils se montreraient germains, plus ce pays s'attacherait par souvenir à ses vieux usages. Ces gens-là sont avant tout maladroits. Ils ont beau s'ingénier, se déclarer moraux, amis de la liberté, policés, pleins de zèle pour les intérêts des populations, leur brutalité native ne perd jamais ses droits, leur rudesse
se dénonce, leur lourdeur se fait sentir. Quand M. de Bismarck a dit : « Nous autres Allemands nous ne savons pas nous faire aimer! » il a prononcé un mot profond. Impossible d'aimer la domination prussienne! Demandez-le aux Polonais du duché dePosen I
— Mais leurs établissements d'instruction publique ?
— Ils ont trois lycées et vingt et un collèges presque uniquement peuplés de fils de fonctionnaires et d'Allemands d'outre-Rhin. Ce service d'enseignement secondaire coiite 1,300,000 francs que payent les Alsaciens sans en profiter.
— Et l'université de Strasbourg ?
— On l'a ressuscitée en grande pompe, essayant ainsi de renouer la tradition interrompue par la conquête française, la première université de Strasbourg ayant été créée par l'empereur Maximilien I**", à la demande des bourgeois de la ville, en 1566. Vous avez dû remarquer hors des vieilles fortifications, sur les nouveaux terrains que l'État a octroyés à Strasbourg, en paiement d'un emprunt forcé, les immenses bâtiments qu'on réserve aux étudiants.
— S'il en vient ?
— Oh ! nous avons des étudiants, mais d'outre- Fhin. L'empereur Guillaume a conféré une belle charte de fondation à l'université, lui donnant le'