CHAPITRE VI
droit de régler ses propres affaires et de nommer son recteur et ses doyens. Il lui a même rendu son ancien sceau avec la devise Sîgillum academide argentinensis. Les jeunes gens d'Alsace-Lorraine continuent à bouder Maximilien et Guillaume. Sur sept cents étudiants, cent appartiennent à nos provinces. C'est un chiffre dérisoire, mais attendez. Ces Alsaciens-Lorrains sont des apprentis en théologie protestante et des aspirants pharmaciens. A peine quelques étudiants en médecine= ' — Et le personnel enseignant ?
— J'avoue que, de ce côté, il n'y a pas à se plaindre. L'université compte quatre-vingts professeurs, c'est-à-dire un par /iwit élèves, répartis en cinq Facultés : philosophie, droit, médecine, théologie, sciences naturelles et mathématiques.
— Combien tout cela coûte-t-il ?
— La modeste somme de douze cent mille francs par an!
Lancé sur un pareil chapitre, un professeur ne s'arrête plus. Mon compagnon me donna la nomenclature sans fin des cours professés à l'université ^ et
I. Théologie, 7 cours; droit 14, parmi lesquels ceux d'économie politique, de finance et de statistique; médecine, 27; philosophie, 23, parmi lesquels un cours d'histoire de la musique ; mathématiques et sciences naturelles, 17.
lie LE RHIN FRANÇAIS.
me fit un parallèle des institutions d'enseignement françaises et allemandes, tout à l'avantage de ces dernières. De ce côté, nous sommes devancés et de très loin. On peut citer comme un modèle à imiter l'organisation de la bibliothèque publique de Strasbourg. Tout citoyen dépose une demande écrite dans une boîte spéciale et le lendemain prend possession des volumes qu'il a désignés et les emporte chez lui, à l'unique condition de ne pas les garder plus d'un mois. Trente-cinq mille volumes environ sont sortis de cette manière de la bibliothèque de Strasbourg pendant l'année qui vient de s'écouler.
Quelle histoire dramatique que celle des persécutions subies par les établissements libres d'instruction publique dans les premiers temps de la conquête 1 C'est un martyrologe tout à l'honneur des vaillants professeurs qui ont préféré fermer leurs institutions que de se soumettre aux exigences de la dictature.
(( Quant aux taquineries auxquelles la population est en butte, poursuivait mon compagnon, il me suffira de vous citer ce fait incroyable, que l'état civil allemand refuse de donner aux enfants les prénoms qui ne figurent pas au calendrier germanique. Ils ont ressuscité pour la circonstance une vieille loi de la période révolutionnaire française. Croyez-vous