CHAPITRE PREMIER. il
avoir sur le conflit de plume russo-allemand, elle n'est pas nouvelle. Nous avons fait partie de l'alliance ou plutôt de ce qu'on a improprement appelé l'alliance des trois empereurs et nous avons toujours vu clair dans le jeu de M. de Bismarck: écarter pour l'Allemagne les dangers d'une coalition, s'assurer, pour le cas de guerre, non des alliés, mais des neutres. L'alliance russe brisée à la suite de manques de paroles semblables à ceux de Biarritz, on resserrera très ostensiblement l'entente austro-allemande, mais jamais plus réel trompe-l'œil n'aura existé dans l'histoire diplomatique. On persuadera à l'Europe que l'alliance pourrait bien devenir, un de ces jours, offensive, et cependant l'empereur François-Joseph ne sera jamais qu'un neutre, pour l'Allemagne, en cas de conflit. M. de Bismarck est désormais isolé en Europe, parce que toutes les puissances pratiquent le système du chacun pour soi. L'inventeur de la politique du pourboire qui a prélevé tant d'honnêtes courtages, se verra prochainement contraint d'en payer à son tour, car j'imagine qu'en France, pas plus qu'en Bussie ou en Autriche, on ne se contentera désormais de promesses irréalisables.
— Je me permettrai, monsieur, de vous adresser encore une question, tout à fait en dehors de notre sujet, mais qui me tient à cœur. Vous m'avez pris
un instant pour un Alsacien, je vais simplement à Strasbourg passer quelques jours de vacances; quelle opinion se fait-on, en Autriche, de l'Alsace-Lorraine?
— Il me sera d'autant plus facile de vous répondre qu'on s'intéresse beaucoup à Vienne aux destinées de ce pays. Vous savez que nos Habsbourg sont à proprement parler des Lorraines, c'est assez pour que la dynastie qui a si longtemps régné à Nancy sur une partie des contrées devenues allemandes s'occupe de cette affaire. Les Allemands ont leurs cantonne* ments en Alsace-Lorraine, mais ils ne la possèdent pas, et ils ne la posséderont jamais. Les illusions du début sont éteintes. Le travail de germanisation entrepris par la dictature a complètement échoué. Les fonctionnaires allemands n'ont après neuf années aucune prise sur l'opinion. On va mettre en pratique un nouveau système de gouvernement, on essaiera, à l'aide dune fausse autonomie, de faire de la politique alsacienne-lorraine.... au profit de la Prusse. Nous connaissons ces essais, nous autres Hongrois. Quant à l'avenir... n'ai-je pas vu l'Italie rentrer en possession de Venise par la défaite de Custozza? L'attitude des populations d'Alsace est superbe. Je m'étonne que la France la connaisse moins qucle reste de l'Europe. Vous la verrez et la jugerez. »
La nouvelle frontière, tracé international essen-