CHAPITRE Yll
Le système employé vis-à-vis de la presse. — La dictature. — Le Journal d'Alsace, M. Schnéegaiis. —La Gazette de Strasbourg. — Les Neueste Nachrichten, VElsaessisches Volksblatt.
— VIndustriel alsacien, YExpress. — Les journaux de Lorraine : Le Courrier, le Metzer Zeitung, le Vœu national, le Moniteur de la Moselle, — Les journaux de cercles. — Ce qijii est permis et ce qui est défendu. — La censure vis-à-vis des feuilles françaises : comment elle s'exerce. — Les fausses correspondances. — Les sous-préfets courtiers d'assurances.
— L'opinion des paysans.
11 ne faut pas croire que le régime allemand soit très goûté même des écrivains qui consentent à passer tous les jours au bureau de l'inspiration. J'ai rencontré dans les grandes villes quelques journalistes attendant le l'^'" octobre et l'ère des réformes comme les Hébreux attendaient la manne dans le désert. Ils avouaient que le système inauguré en 1874 était devenu absolument odieux aux populations. Avec l'autonomie seule, une autonomie bien comprise, on pouvait espérer ramener à de meilleurs sentiments les Alsaciens-Lorrains.
120 LE RHLN FRA>ÇAIS.
La première idée d'un Français, auquel on raconte un de ces abus de pouvoir si fréquents que la liste en serait trop longue, est de s'écrier :
(( Mais pourquoi ne pas dévoiler ces faits odieux ? Nous ne savons rien en France de ce qui se passe ici. Faites-nous connaître ce qui nous intéresse. 11 y aura grand profit à cela pour vous et pour nous. »
La réponse est bien facile à faire, dautant plus facile qu'elle me permet d'étudier une question qui me tient toujours au cœur, celle de la presse.
Si l'opinion publique n'a aucun moyen de se faire jour, en Alsace-Lorraine, dans la délégation (Chambre alsacienne) ou dans les conseils de districts et de cercles, si la chancellerie de Berlin et les administrateurs exercent, à peu près sans contrôle, le pouvoir dictatorial , aucune discussion des intérêts propres du pays d'empire ne Saurait non plus se produire par la voie de la presse.
L'article 10 de la loi d'organisation conférait au président supérieur ^ les pouvoirs dç la loi française d'état de siège de 18/|9.
M. de Mœller s'en est surtout servi pour priver l'Alsace-Lorraine des droits dont jouissent les autres États de l'empire, en matière de presse.
1. Rien n'est changé à cet égard depuis le l**" octobre^ date de l'arrivée du feld-maréchal de Manteuflfel.