CHAPITRE PREMIER
tiellempnt fantaisiste, uniquement justifié par la nécessité pour les Allemands de tenir entre leurs mains l'embranchement de la ville de Dieuze, célèbre par ses salines, est d'un abord désagréable pour les voyageurs. Réveillés en plein sommeil, à une heure du matin, il leur faut défiler lentement avec armes et bagages devant les employés de la douane impériale, vider tous les compartiments de leurs valises, attendre la formation du nouveau train. C'est à la station de Deutsch-Avricourt, joli village, caché dans un vallon à gauche de la voie ferrée, que s'accomplissent ces formalités.
L'aspect des employés allemands est pénible pour ceux des voyageurs français qui n'ont jamais franchi cette frontière fictive..
Je suis blasé sur ce répugnant spectacle. Familiarisé avec la douane germanique par de nombreux voyages à Vienne, la vue des casquettes plates, les cris rauques des contrôleurs du chemin de îer Elsass- Lothringen, les perquisitions brutales au fond des malles m'agacent encore, mais ne m'émeuvent plus. Ne suis-je pas ici en pleine terre française d'en deçà des Vosges, au miheu des paysans lorrains? Ne suis-je pas pour ainsi dire chez moi? Et quels sujets d'études dans cet antre administratif germain bâti sur la lisière même de la conquête !
14 LE UHIN FRANÇAIS.
Il y a chez les braves campagnards, portant le sarrau par-dessus leur veste de ratine, qui se pressent aux guichets pour prendre des billets allemands quelque chose de goguenard, de gauloisement moqueur. L'employé à lunettes, la casquette à fond rouge rabattue sur les yeux, se penche sur la tablette de marbre blanc de son guichet et convertit à coups de crayon les marcks en francs et les centimes en pfennings.
Les conversations entre gens du pays suivent leur cours :
(( N'oublie pas mes commissions pour Lunéville!
— Il n'y a pas de danger.
— Donnez-moi une troisième Sarrebourg ! »
Les employés n'ont plus les airs insolemment vainqueurs d'il y a huit ans. Ils se font parfois humbles, de cette humilité juive si commune chez les Allemands. Quelques-uns guettent le pourboire et le reçoivent obséquieusement de la main de l'ancien ennemi. Il a fallu bon gré, mal gré apprendre le français et le parler. Certains annexés ont pris la casquette, c'est l'expression consacrée. Ceux-là trouvent toujours moyen de vous rendre quelque service, a Le pain est dur à gagner, allez, monsieur! »
Somme toute, Avricourt apparaît comme un cam-