CHAPITRE VII
Voilà la morale administrative allemande ! La question est venue en discussion le U mars 1879, au sein de la délégation de l'Alsace-Lorraine. Celle-ci a voté, sur le rapport d'un de ses bureaux, le renvoi au gouvernement d'une pétition des agents des compagnies d'assurances françaises. Mais, comme de juste, l'abus n'a pas cessé.
On avait cependant entendu les autonomistes les plus gagnés à l'administration allemande flétrir les procédés que je viens de passer en revue. M. Klein lai-même ne s'était pas fait faute de démontrer qu'il y avait violation de la convention additionnelle du traité de Francfort, ainsi conçue :
« Il est également convenu que les dispositions de la convention franco-hadoise du 16 avril 1846 sur r exécution des jugements, du traité d'extradition conclu entre la Prusse et la France le 21 juillet 18^5 et de la convention franco-bavaroise du 24 mars 1865 sur la garantie réciproque de la propriété des œuvres d'esprit et d'art seront provisoirement étendues à l'Alsace-Lorraine, et que, dans les matières auxquelles ils se rattachent, ces trois arrangements serviront de règle pour les rapports entre les territoires cédés et la France, m
On voit que partout on rencontre le môme manque de dignité chez les fonctionnaires, le même arbitraire,
un parti pris de compression hypocrite par les moyens permis ou défendus.
J'ai cité ces faits, j'aurais pu en choisir d'autres. La place me manquerait, si je voulais relever les abus dont j'ai été témoin.
Qu'on se représente le sort du paysan livré pieds et poings liés à cet autoritarisme corrupteur. Il obéit quand il est las de résister; mais croit-on qu'il soit gagné à l'Allemagne? Non! Il garde dans son cœur le souvenir des anciens jours, et s'il ne possède aucun moyen d'afficher publiquement ses sympathies, parce qu'un signe de rébellion serait pour lui la ruine, et pour sa famille la misère, il est libre autour de son foyer. Quand l'Allemand entre dans la cuisine d'une ferme où le soir se trouvent réunis maîtres et valets, père et fils, ménagères et servantes, il remarque avec rage que la conversation cesse tout à coup. On parle d'autre chose, mais, lui parti, comme on se reprend à évoquer les souvenirs d'autrefois !
Je m'entretenais, un jour, sur ce sujet, avec un habitant de Molsheim. « On peut dire, m'expliquaitil, que dans nos villages la langue française se perd tandis qu'elle se conserve et s'acclimate même, de plus en plus, dans les villes importantes. La raison en est bien simple. Les enfants ne peuvent apprendre le français puisqu'on ne l'enseigne pas dans les écoles,