CHAPITRE VIL
et les parents ne le savent pas assez eux-mêmes pour le parler. Encore y a-t-il de notables exceptions à la règle. Il suffit quelquefois qu'un bourgeois aisé, un riche fermier» un militaire retraité habitent un village pour que l'allemand soit tenu à distance.
— Mais, demandais-je, une fois la langue française perdue dans un village, l'administration ne fait-elle pas ce qu'elle veut du paysan? Ne devientil pas, par la force des choses, un Allemand d'Allemagne?
— Ah ! monsieur, la langue n'y fait rien, voyez-vous? Il y a des villages collés à la chaîne des Vosges où on ne parle que français et dont les habitants sont infiniment plus gagnés à l'administration que ceux des villages de la Basse-Alsace où on ne parle que le patois allemand. Est-ce que nos villageois parlaient français en 1792 ? cela les a-t-il empêchés de faire héroïquement leur devoir ?
— Cependant, voyez, les campagnes ont nommé aux environs de Strasbourg, à Saverne, à Benfeld, à ïhionville, des députés autonomistes, MM. North, Schnéegans, Back et Lorette.
— Nos paysans, monsieur, s' alsacianisent, mais ne se germanisent pas. La chose serait trop longue à expliquer, mais elle se comprend d'elle-même. Ils n'ont plus aucun rapport direct avec la France ; mais,
s'ils acceptent, ne pouvant l'empêcher, la situation qui leur est faite, s'ils ne se sentent pas assez forts pour entrer en guerre contre des fonctionnaires armés de toutes pièces, ils n'entendent avoir aucun rapport non plus avec la terre d'outre -Rhin. Ce fleuve est une barrière que leur imagination lourde ne saurait franchir. Comment voulez-vous qu'ils tournent les yeux vers la Baltique, que Berlin cachée dans les brouillards à vingt-quatre heures de chemin de fer devienne leur métropole ? Leurs regards se dirigent vers la haute flèche de la cathédi'ale de Strasbourg. Jamais nos recrues ne reviennent changés après leurs trois années de service. Alsaciens ils sont partis, Alsaciens ils sont restés.
— L'administration a donc tort de les considérer comme absolument acquis ?
— Sans doute ! Et puisque vous me parlez d'élections, laissez-moi vous dire que c'est précisément en se couvrant d'un drapeau qui n'était pas le leur que les députés dont vous m'avez cité les noms ont triomphé. Je voudrais voir le gouvernement présenter des Allemands d'outre-Bhin dans nos campagnes. C'est ce qu'il ne manquerait pas de faire s'il supposait un instant la victoire possible. Souvenez-vous de ce qu'un habitant de la plaine d'Alsace vous prédit aujourd'hui : Jamais un Allemand ou un Alsacien qui