CHAPITRE MIL
près de la colonne de Kléber et fit en détail la critique de Topération. Il quitta ensuite le champ de manœuvre pendant que les régiments, après quelques ploiements accompagnés de maniements d'armes, s'apprêtaient à rentrer en ville. Un bataillon de piquet qui allait porter chez le général de Ziemietzky les drapeaux de la division précédait les tropes.
Dans le parcours des 3 kilomètres qui séparent l'entrée du polygone de la porte de Strasbourg, je remarquai qu'aucun soldat ne quittait les rangs. Les files conservaient à peu près l'alignement normal, les colonnes ne s'allongeaient pas outre mesure, les troupes marchant une sorte de pas cadencé beaucoup plus régulier que notre pas de route. On observait dans les rangs un silence relatif, c'est-à-dire qu'on ne parlait qu'à voix basse. Les hommes étaient fatigués, couverts de boue, ayant traversé des fossés et pataugé dans des flaques d'eau sur un terrain amolli par une abondante rosée, mais le pantalon de coutil rentré dans la botte leur donnait une apparence très martiale. Dans les rangs, on reconnaissait quelques soldats recrutés en Alsace-Lorraine, à leur démarche plus dégagée, à leur taille mieux prise et plus élevée que celle de leurs camarades. Des exclamations françaises, quelques-unes de ces expressions
loi LE RHIN FRANÇAIS.
de caserne qui font partie de notre patrimoine militaire, arrivaient jusqu'à mes oreilles. Étrange et pénible contraste ! On aurait dit que des gamins de Paris s'étaient furtivement introduits dans les compagnies allemandes.
Les cavaliers prussiens sont moins bien placés que les cavaliers français, moins bien assis. Ils portent, en effet, l'étrier très long ; mais en revanche le paquetage de leurs effets est on ne peut plus rationnel. Le devant de la selle, très dégagé, permet de tenir la main basse. Les chevaux sont bien entretenus, mais paraissent surmenés. Ils manquent de boyaux, pour me servir d'une expression de métier. Gela tient, dit-on, à leur perpétuel état d'entraînement. On ne ménage jamais les bêtes, en ce sens qu'on leur demande tout ce qu'elles peuvent donner. Dans le service, on les pousse aux allures extrêmes. Cette cavalerie, par cette raison même, est parfaitement apte aux actions promptes et capable de fournir les plus grands efforts. « Reste à savoir, me disait, à Strasbourg, un des meilleurs officiers de notre armée, alors en permission, ce qu'elle deviendrait au bout de quelques jours, si une cavalerie mieux ménagée prenait une fois barre sur elle. »
On ne saurait trop admirer les superbes chevaux des officiers de la cavalerie allemande. Posséder des