CHAPITRE IX
peu de soin qu'on avait apporté en général à l'étude de certaines formations tactiques. La conférence terminée, le grand-duc prit la parole hardiment et harangua le corps d'officiers pendant une dizaine de minutes.
Les officiers retournèrent vers la troupe, lui firent rompre les faisceaux, présenter les armes et pousser un formidable hourra en l'honneur du grand-duc. Celui-ci complimenta, en quelques mots, les soldats sur leur excellente tenue, les salua et, prenant un teipps de galop, quitta le champ de manœuvre accompagné par les officiers généraux. Il prit congé d'eux à Neudorff, où il remonta en voiture pour rentrer en ville.
C'est dans une des régions les plus pittoresques de l'Alsace que l'état-major allemand a exécuté cette année les manœuvres de division, à trente et quelques kilomètres de Strasbourg, sur un terrain très propre aux opérations de guerre, entre Obernai et Barr et le long de la route qui de cette dernière ville descend sur Schlestadt. On se rend en deux heures d'Obernai à Sainte-Odile, monastère fondé au vn* siècle par la patronne de l'Alsace, au milieu de forêts magnifiques, et sur un bloc de rochers d'où Ton découvre toute la plaine jusqu'au Rhin et à la forêt Noire, jusqu'à Bâle. C'est le rendez- vous des
IGi LE RHIN FRANÇAIS.
Strasbourgeois, pendant la belle saison, un charmant pèlerinage, l'excursion nationale alsacienne. Toute la contrée est hérissée de ruines féodales comme celles des châteaux de Hogelschloss et de Dreystein, et de constructions celtiques, comme le mur Payen.
La conquête allemande a produit cet effet de rendre plus chers aux Alsaciens les sites de leurs montagnes si puissamment mouvementés, si peuplés de souvenirs historiques. Ce n'est plus à Bade et sur les bords du Rhin allemand que les habitants des villes vont se distraire de leurs travaux. Plus un regard, plus un écu pour ces villes ingrates qui vivaient de l'Alsace, et dont les soldats, plus ardents à la curée que les Poméraniens ou les Brandebourgeois, se sont rués sur leurs cités sans défense. Quand le temps manque pour aller respirer l'air de la patrie, dans les Vosges françaises, sur les bords du lac de Gérardmer ou aux eaux de Plombières, c'est au Hohwald, à Sainte-Odile, qu'on se rend. Le Rhin n'était qu'une frontière, il est devenu un de ces obstacles qu'on ne franchit plus.
Les manœuvres de division durent onze jours, dont trois sont consacrés à des marches de détachements et à des reconnaissances offensives, quatre à des combats de brigades contre brigades, et le reste du temps à une action générale de division contre