CHAPITRE IX
un ennemi marqué. J'ai assisté aux manœuvres d'infanterie de Barr et d'Obernai, aux manœuvres de cavalerie d'Hochfelden, sur la ligne de Strasbourg à Avricourt. J'ai eu la bonne fortune de me trouver, dans ces excursions, en compagnie de plusieurs officiers français venus en permission et qui profitaient de leur séjour pour juger de près l'armée allemande de 1879 ^ Leur expérience m'a été on ne peu plus profitable, et j'ai vu avec une satisfaction sans mélange que nos' jugements concordaient. Les qualités et les défauts que j'avais notés dans les manœuvres de brigade existaient réellement. Ils n'étaient que mieux perceptibles sur un plus vaste terrain.
On comprendra qu'en présence de manœuvres à large objectif, je n'entre pas dans le détail des positions et des incidents de combat.
Je n'ai pas l'intention de traiter à fond la question militaire. Mon but est tout autre. C'est de l'ensemble seulement que je rendrai compte. Raconter par le menu les mouvements des divisions sur un terrain inconnu du lecteur, nombrer les régiments, répéter
1. Je (lois beaucoup à l'obligeance de mon confrère militaire de la. République française, M. Barthélémy, mon compagnon en Alsace-Lorraine.
sans cesse les mêmes indications, ne pourrait être que fastidieux.
Je me borne à des observations générales dont je garantis la parfaite exactitude. Je souhaite qu'elles intéressent les militaires qui me liront.
Dans trois circonstances différentes, j'ai vu manœuvrer l'infanterie (offensive et défensive), et mes impressions premières n'ont pas été modifiées. La chaîne des tirailleurs se forme presque coude à coude, laissant soigneusement entre les unités tactiques des espaces libres pour l'entrée en ligne des soutiens, soit serrés en masse dans le dessein d exécuter des feux de salve debout et de se replacer ensuite en seconde ligne, soit dispersés pour renforcer purement et simplement la chaîne.
Ce coude à coude, cette absence de l'échelon intermédiaire, du renfort, est un fait qui doit attirer l'attention de nos chefs de corps et de nos officiers. Il y a une préoccupation visible, constante, chez les Allemands, de s'assurer dès le début de l'action une supériorité écrasante des feux de première ligne^ Étant donné que du premier avantage dépend le plus souvent la réussite finale, le gain de toute bataille semble devoir appartenir à celui dont les premières tentatives seront couronnées de succès. Les généraux allemands partent de là pour s'assurer dès le prin-