‹ Le Rhin francaisChapitre 94 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

que plus de 200,000 Alsaciens ou Lorrains habitant les grandes et les petites villes et classés comme étant de langue allemande, c'est-à-dire nés au delà de la limite du patois français, ne parlent, ni en famille, ni dans leurs relations ordinaires, que la langue française. Viennent ensuite, mais sans qu'il soit possible de les dénombrer, ceux qui, parlant couramment les deux langues, préfèrent se servir de Tallemand, puis les paysans se servant du patois germanique et sachant pçude français, aussi inintelligibles, en somme, dans une langue que dans l'autre, enfin, les enfants de villageois ne parlant qu'allemand.

On descend encore de chemin de fer à Metz hors de la porte Serpenoise, dont les inscriptions françaises ont été conser^'ées^ ; mais plus de voitures sur la place de la gare, plus de commissionnaires empressés à vous chercher un logement ou à vous montrer les curiosités de la vieille cité. Quand on traverse la porte, gardée par les sentinelles prussiennes, il semble qu'on entre dans un sépulcre. Un frisson vous passe dans le dos.

1. On lit sur le côté droit de la porte : « Metz surprise par l'ennemi est sauvée par le boulanger Harelle 9 avril 1473 », et sur le côté gauche : « Le 28 novembre 1552; près de la porte Serpenoise, la principale attaque de Charles-Quint est repoussée par le duc de Guise. »

Metz est une ville morte civilement, pétrifiée dans son deuil. Telle je l'ai vue en 1871, aussitôt après la conquête, telle je l'ai revue en 1879. C'est bien une place occupée par l'ennemi, mais non conquise, une cité dolente pour laquelle il n'y a plus ni joies, ni fêtes, ni sourires d'enfants. Le pas lourd et cadencé du soldat germain, les bruits de crosses de fusils sur les pavés, le cliquetis des sabres traînés insolemment sur les trottoirs, les ronflements des demitambours, les aigres notes des fifres, les feux de peloton d'exercice sous les murs, sont les seuls bruits qu'on entende.

Une garnison même nombreuse ne peuple pas. Metz n'a pas gardé, comme Strasbourg, comme Mulhouse, son ancienne animation de cité "populeuse et commerçante. L'option en masse lui a été fatale. On est parti par troupes entières, abandonnant biens, commerce, espoir de retour : véritable migration de peuple. Les deux tiers des habitants s'en sont allés et la population française est un instant tombée de 55,000 habitants à 18,000. Quelques-uns sont revenus pendant qu'une nuée d'Allemands prenait la place des optants, achetant maisons de ville et fonds industriels à vil prix, recevant pour s'installer une grosse subvention de l'administration allemande, ouvrant des boutiques dans toutes les rues, peu-

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