‹ Le Rhin francaisChapitre 96 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lion des Allemands finiront par donner la majorité à la population germaine.

En attendant, il a bien fallu, après expérience, laisser à la langue française son droit de cité. Les. inscriptions des rues sont en double sans être pour cela la traduction Tune de l'autre. Au-dessus de la plaque blanche portant : Place du Fort, on voit, par exemple, la plaque noire à caractères blancs : Woigts Rlietz Platz. Les inscriptions administratives, les placards de l'autorité sont également dans les deux langues.

Chose assez curieuse, il est arrivé que, à part les enfants fréquentant les écoles, personne n'a appris l'allemand, et que les employés prussiens ont été forcés, au contraire, d'apprendre le français.

J'ai été témoin du fait suivant dans une gare de chemin de fer. L'employé ouvre la porte et crie à tuetête en allemand : « Les voyageurs pour **=^, en voiture. » Sept ou huit personnes placées dans la salle d'attente ne bougent pas. Nouveaux cris sans plus de succès. De guerre lasse, remployé, baissant la tête et esquissant un mauvais sourire, murmure en français : <( Le train de *** va partir. » Aussitôt chat:un court prendre sa place.

Au moment où j'arrivais à Metz, la ville était remplie de troupes se concentrant pour les grandes

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manœuvres. Les officiers occupaient tous les hôtels, de la cave au grenier, les haut gradés dans les chambres, les autres dans les couloirs. Ces régiments, venus de la Bavière rhénane pour remplacer la garnison ordinaire de Metz, allaient subir le lendemain l'inspection du général de Gœben.

Les chenillards (Bavarois portant encore le casque à chenille), ainsi que les ont surnommés les Messins, n'étaient pas les moins nombreux. Les rues étroites de la haute ville apparaissaient littéralement pleines de soldats, les promenades retentissaient d^accords musicaux bruyants, les cafés étaient inabordables. C'est une rude épreuve pour les Messins que cette concentration annuelle.

Le lendemain de mon arrivée, un dimanche, la soldatesque curieuse a pu voir une foule énorme se porter, dès le matin, à la cathédrale pour assister au service funèbre en l'honneur des victimes de la guerre de 1870 tombées sur les champs de bataille autour de Metz. L'évêque, un patriote dans toute la force du terme, Ms'" Dupont des Loges, présidait à cette triste cérémonie.

Au sortir de l'église, la population vêtue de deuil s'est dirigée silencieuse vers le cimetière Chambière. Les femmes tenaient dans leurs mains des couronnes d'immortelles et des bouquets symboliques.

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