‹ Le rhin: son histoire et ses légendesChapitre 10 sur 34 · HAMMERSTEIN · texte numérisé non relu

HAMMERSTEIN

L'empereur Henri IV.

Non loin de l'ancienne ville d'Andemach on aperçoit sur la rive droite du Rhin une montagne tapissée de vignes et couronnée par un vieu château. Ce sont les ruines d'Hammerstein. Un grand et douloureux passé se rattache à ces débris couverts de mousse. D'après

• la légende, Charles Martel serait le fondateur de ce manoir qui lui devrait le nom qu'il porte encore aujourd' huL Au moyen-âge, Hammerstein passait pour un des châteaux les mieux fortifiés du Rhin et servit en 1105 d'asile à Tempereur Henri IV, après son évasion du château de Bôckelheim où son fils le retenait prisonnier. Ce château resta le dépositaire des joyaux de Tempire jusqu'à ce qu' Henri V les fit transporter à sa résidence. En 1374 il devint la propriété de Cuno de Falkenstein, prince électeur de Trêves, et après une destinée grosse de péripéties il fut détruit peu après le traité de Westphalie. Hammerstein a aussi sa légende antique, transmise par la tradition de générations en générations jusqu'à nos jours. La voici telle qu'on la rapporte:

C'était au temps où Henri IV était en but aux violentes persécutions de son fils. Le château d'Hammerstein était alors la demeure du vieu chevalier Wolf d'Hammerstein. Ce seigneur belliqueux voyait avec chagrin approcher le moment où la vieillesse l'empêcherait de combattre et éprouvait une amère douleur de ne pas avoir un fils qui put perpétuer sa race et orner son vieu blason de nouveaux lauriers. D se plaignait sans cesse de l'injustice du sort à son égard et blessait par ses rudes propos ses 2 filles, modèles de beauté et de grâces. Un soir pendant qu'une violente tempête déchaînait sa fureur sur les remparts épais du château, Wolf d'Hammerstein était assis comme d'habitude, mais plus sombre que jamais, dans la grande salle de ses ancêtres. En vain ses filles essayaient de dissiper sa tristesse; il repoussait durement leurs douces caresses et rien ne pouvait dissiper les nuages qui assombrissaient son fi*ont. Tout à coup le son du cor retentit et le châtelain vint annoncer que deux étrangers demandaient l'hospitalité. Wolf ordonna en grommelant de les

introduire. Quelques instants après les deux inconnus parurent et tandisque Tun s'arrêtait respectueusement sur le seuil de la porte, Tautre, le plus âgé, se laissa tomber en gémissant sur un siège de bois. Wolf qui s'était levé et qui selon Tusage s'avançait pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivés, recula de surprise à la vue du vieillard; sa main tendue s'abaissa et ployant les genoux:

— »0h! mon empereur et maître, s'écria-t'il, qu'estil arrivé? Je te vois devant moi dépouillé de la couronne et de la pourpre !«

— «C'est en fugitif que je viens te demander un asile dans ta demeure, répondit Henri IV, car c'était lui, d'une voix entrecoupée de sanglots; et sais-tu, poursuivit-il, qui est la cause de mes infortunes? Qui me retenait captif sur le Bôckelheim? Mon propre fils! Oh! Wolf d'Hammerstein que tu dois t'estimer heureux de n'avoir que des filles! Tu peux envisager la mort avec calme car tu n'as pas à redouter l'ambition d'un héritier avide de tes biens. Des filles fidèles et dévouées prennent soin de toi, et c'est sous leurs baisers qu'un jour ton âme s'envolera vers les régions de paix étemelle. Moi qu' ai-je en revanche? Mais assez! Mon ancien courage me reste encore. Envoie immédiatement des messagers à ma fidèle ville de Cologne, afin de rassembler des guerriers. Je vais confier mon destin à mon glaive et châtier un fils félon; Dieu jugera!*

Emu au plus au haut point par ce récit, Wolf promit de faire tous les préparatifs nécessaires pour punir un fils dénaturé. Lorsque l'empereur se retira dans l'appartement qu'on lui avait préparé, le vieu guerrier monta à la chambre de ses filles et pour la première fois ce rude homme de guerre sentit son cœur se fondre et il embrassa ses enfants.

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