MARIENTHAL
L'œil attristé ne voit plus que les ruines du pieux monastère qui s'élevait jadis dans la pittoresque vallée de l'Ahr. Le lierre tapisse les murs de ce cloître qui abritait il y a des siècles les dépouilles mortelles des comtes de Landskrone et la solitude règne dans les hauts portiques renversés qui retentissaient jadis des
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hymnes des religieuses de Tordre de Saint-Augustin. L'odeur du sureau en fleur a fait place au parfum de Tencens et le chant de Foiseau aux cantiques sacrés. Les murs dont on remarque encore les restes ne datent que du siècle dernier, car l'ancien monastère fut détruit et pillé par les Français. La légende rapporte que les chants des religieuses se font encore entendre dans la chapelle, mais qu'ils ne peuvent être entendus que par une pure jeune fille. Celles qui Font entendues sont saisies d'un irrésistible désir de quitter le monde, et ne croient pouvoir trouver le bonheur et le repos qu'entre le^ murs d'un couvent.
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Dans une étroite vallée, ressérée entre de puissantes masses de roches et que la nature s'est plue à combler de ses trésors, se trouve le village d'Altenahr. Au dessus, à la cîme du rocher le plus élevé s'élevait jadis un fier manoir: ses tours majestueuses dominaient les hauteurs avoisinantes et leur épaisseur défiait l'ennemi le plus téméraire. Là, libre et fier de son indépendance, habitait un comte renommé pour sa valeur. Plusieurs fois déjà des ennemis jaloux de sa gloire avaient essayé de prendre le château et de jeter son propriétaire intrépide dans les fers. Mais leur rage impuissante venait se briser contre la solidité des remparts et la vaillance des défenseurs. Un des ennemis les plus acharnés du comte jura sa perte et vint l'assiéger à la tête d'une troupe nombreuse et aguerrie. Des semaines et des mois s'écoulèrent: rien ne pouvait abattre le courage des assiégés et les murailles résistaient à tous les engins de destruction. A la longue cependant, la
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famine et les privations de tout genre engendrèrent une épidémie et ce que les colonnes d'attaque et les machines de guerre n'avaient pu faire la maladie le fit: l'énergie de la défense s'éteignit peu à peu et l'ange de la mort vint frapper le dernier défenseur. Le comte seul restait Un matin il parut sur les remparts, monté sur son cheval de bataille et recouvert de son armure, hk, d'une voix retentissante il jeta à ses ennemis terrifiés de son audace ce fier défi:
»Vous voyez en moi le dernier survivant de ceux qui défendaient ce château, de ceux qu'il conduisit aux combats. La mort m'a ravi femme et enfants, la faim a frappé mes guerriers. Mais s'ils ne sont pas morts le glaive au poing dans les sanglantes mêlées, ils n'en jouissent pas moins à l'heure qu'il est de l'étemelle liberté! Ils sont partis libres pour une patrie meilleure et moi, qui fut libre toute ma vie, libre aussi je veux aller les rejoindre î«
Sa voix puissante résonnait dans les gorges profondes de la vallée et quand l'écho eut répété sourdement ses dernières paroles, on le vit éperonner son coursier, gravir la pente escarpée du rocher et se précipiter dans les eaux mugissantes de l'Ahr qui se refermèrent sur le corps du héros.
L'ancienne race des comtes de l'Are tire son origine du Gaugraf Sigebodo; on considère comme fondateur du château le comte Dietrich qui vivait au 12® siècle et qui le premier prit le nom de »Are«. Ce château, admirablement fortifié, passa plus tard à l'archevêque de Cologne et servit un certain temps, sous Conrad de Hochstaden et Engelbert II, de prison aux patriciens de Cologne qu'ils avaient fait prisonniers. Longtemps les II membres de familles nobles languirent dans les oubliettes d'Altenahr. L'histoire nous a conservé leur
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délivrance extraordinaire. Un des prisonniers, Gottschalk Overstolz, avait apprivoisé une souris dont les jeux réjouissaient ses compagnons d'infortune. Un jour, la souri s'étant cachée dans une fissure de la muraille, Gottschalk voulu la prendre et trouva au lieu de son petit animal favori une lime et un ciseau au moyen desquels les prisonniers percèrent les murs de leur cachot et recouvrèrent la liberté. Dans le siècle dernier, le prince électeur Joseph Cléments se vit forcé de faire sauter ce château, pour délivrer la contrée des injustices et des iniquités de sa sauvage garnison et depuis, les débris de l'imposante forteresse s'élèvent isolées comme le signe significatif d'une puissance qui n'est plus. Les anciennes coutumes se sont mieux conservées à Altenahr que dans les autres parties de l'Allemagne. Nous donnons ci-après deux des plus intéressantes.
Le »Mailehen.«
(C. à d. L'emprunt du mois de mai.)
I^ veille du i®' mai les jeunes gens de l'endroit se rassemblent sur la place de l'église ou dans une auberge et procèdent au »Mailehen« c'est à dire, à la mise à l'enchère des jeunes filles du village. On comprend aisément que les plus belles et les plus riches se paient le plus cher et que les jeunes gens rivalisent pour les obtenir comme »Mailehen«. L'enchérisseur d'une jeune fille a le droit de de la conduire à la danse et en est le privilégié dans toute occasion. Après, on organise un grand bal et l'argent provenant de l'enchère sert à payer l'orchestre et les consommations. Aussitôt qu'un jeune homme a obtenu une »Mailehen« il se rend devant la maison de sa choisie et y plante un tronc de hêtre; à la danse la jeune fille orne le chapeau de son cavalier de rubans multicolores. Une »Mailehen« n'a pas le droit de recevoir la visite de
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son amoureux véritable avant la fleuraison des haricots, époque à laquelle finit l'engagement pendant lequel on n*a cessé de garder les plus rigoureuses convenances. 11 arrive parfois que le jeune »Maipaar« s'unit par des liens plus étroits et que le jeune gars s'exprime comme le poëte Wolfgang Miiller de Kônigswinter:
»Et bien que, Oh! ma »Mailieb«, les haricots soient en fleurs, notre amour ne se fanera pas avec eux! Ah! continue, ma chérie, de t'appeler mienne; je suis et reste à toi pour l'éternité!»
Voici une autre coutume moins belle et tombée en désuétude il y a quelques années.
Le »Tbierjagd«.
Un homme avait-il battu sa femme, celle-ci avaitelle enfreint ses devoirs d'épouse, ou une jeune fille s'était-elle rendue coupable de quelque faute contre la chasteté, on leur appliquait la peine du »Thierjagd«. Tous les jeunes gens de réunissaient sur la place du village et, munis de sifflets, de tambours, de chaudières et d'autres instruments analogues, se dirigeaient vers la maison de la personne sur laquelle la justice populaire avait prononcé son arrêt. Alors, au milieu d'un charivari assourdissant, k coupable avait à essuyer des affronts et des moqueries de tout genre. Devant la porte d'une jeune fille qui s'était attirée le mépris du village on semait de la paille hachée. Cette première partie de la peine accomplie, les exécuteurs se rendaient sur la place où un juge élu par eux les apostrophait comme suit:
»Que faites vous ici, jeunes gens?«
A quoi ceux-ci repondaient:
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»Nous chassons la bête de N. N.!«
»Qu' a-t'il donc fait?«
On répondait à cette question suivant la faute du délinquant:
«Il a battu, mordu, foulé aux pieds sa femme !«
Ou:
«Une telle s'est rendue coupable de telle action contre la vertu î«
Après quoi l'assemblée se dispersait ou se rendait dans une auberge où, suivant la gravité de la faute, on décidait de recommencer encore une ou plusieurs fois la même cérémonie, après quoi le patient se corrigeait ou était expulsé de la localité.
Certes cette justice populaire était sujette à bien des abus et devenait souvent un instrument de basse vengeance, mais on ne peut nier que dans le temps où elle régnait, la morale était plus respectée que de nos jours où la population des campagnes est plus humaine et plus instruite.
Le trou du diable près d'Altenahr.
Alors que le prince des ténèbres parcourait le monde en chair et en os et que semblable à un lion rugissant il cherchait une proie à dévorer, il arriva un beau jour après un petit détour près du château d'Altenahr. Fatigué de sa longue route il s'assit sur un bloc de rocher placé au bord du chemin et faute de mieux, se mit à compter les créneaux du beau et majestueux manoir. Tout-à-coup apparut sur la plate-forme du donjon une jeune fille d'une si éblouissante beauté, que le vieu diable qui comme on sait eut toujours un faible pour les belles femmes, dut s'avouer n'avoir jamais vu depuis Eve une aussi délicieuse créature. Une violente passion Légendes. 9
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embrasa son cœur et, oubliant la fatigue et les difficultés du chemin, il ne songea plus qu'aux moyens de s'en faire aimer: mais le père du mensonge avait beau se creuser la cervelle pour y faire jaillir une idée, elle restait rebelle à toutes ses combinaisons.
»Ah, soupirait-il amèrement, si j'étais encore près de Dieu dans le paradis, je ne dis pas .... j'aurais quelque chance .... Mais comme Satan! .... Cette jeune fille ne peut manquer d'être aussi sage que belle !«
Et le pauvre Satan passait sa main fiévreuse dans sa chevelure touffue et rude. La nuit était déjà survenue,, lorsqu'il s'écria joyeusement:
»J'ai trouvé! Je vais me faire ermite et pleurer sur mes péchés . . . Peut-être qu'alors j'obtiendrai son amour !«
Et heureux de sa lumineuse inspiration Satan se mit à l'œuvre : il se bâtit près du village d'Altenahr au pied d'un rocher, vis-à-vis du château, une modeste retraite. Les jours et les semaines s'écoulaient, son esprit s'était déjà tourné entièrement vers le recueillement et la prière, lorsqu'un soir la châtelaine vint fi-apper à sa porte et lui demanda timidement un gîte pour la nuit.
•Révérend Père, dit-elle, je me suis égarée dans ma promenade et je me sens trop lasse pour reprendre ce soir la route du château. Voulez-vous avoir la bonté de me garder cette nuit?«
«Comment donc! Mais avec plaisir, ma noble demoiselle, s'écria l'amoureux Satan auquel la vue de la jeune fille fit oublier toutes ses bonnes résolutions, entrez sans crainte et considérez ma pauvre habitation comme la vôtre !«
La jeune demoiselle accepte sans balancer l'offre obligeante du pieux ermite. Mais à peine a-f-elle
dépassé le seuil de la porte qu'elle s'évanouit de lassitude et d'épuisement Le dial^le la transporte sur sa couche et la presse sur son cœur en couvrant son pâle visage d'ardents baisers. Comme traversée par un courant électrique la jeune fille se réveille et répond avec ardeur à ses caresses passionnées. Le démon, qui n'a jamais goûté semblable volupté, jure intérieurement de renoncer
pour toujours à son ténébreux empire
lorsque, à la place d'une belle jeune fille, ses regards efFarés ne rencontrent plus qu'une horrible vieille qu'il reconnait aussitôt pour sa grand' mère. Celle-ci lui avoue avec un sourire moqueur qu'elle a pris cette forme pour arriver jusqu'à lui, lui faire oublier sa folie amoureuse et le conserver aux enfers. Cet aveu transporte Satan de fureur; il saisit la traitresse grand' mère et la lance contre le rocher avec une violence telle, qu'elle reprend par ce moyen la route des régions infernales. Quant à lui il fait le serment solennel de ne plus jamais s'éprendre de la forme d'une femme et, laissant dernière lui une odeur pestilentielle retourne là, où il y a des hurlements et des grincements de dents.
Aujourd'hui encore le voyageur peut voir au delà d'Altenbourg un trou profond et noir et s'il s'informe du nom qu'il porte, bien sûr qu'on lui répondra:
«C'est Satan qui l'a fait!«
Histoire et le docteur de BernkasteL
Dans une joyeuse vallée où la nature décèle à chaque pas tous les trésors de son incomparable beauté, coule la charmante Moselle, la Mosella des Romains,
formant à Coblence par sa réunion avec le Rhin Tantique Confluentia. De quelque côté que Ton promène ses regards ils ne rencontrent que des paysages variés et changeants, dont les scèneries quoiqu' isolées n'en foraient pas moins un tout admirable. Les eaux de la rivière ont du se creuser péniblement un passage à travers ces sauvages rochers qui se dressent semblables à des colonnes supportant le ciel sous leurs masses. De magnifiques cimes de montagnes couvertes de forêts se raccordent à 'des éminences à pentes douces venant se perdre dans des espaces ouverts. Chaque particule de terrain, si petite quelle soit, souvent à des hauteurs qui donnent le vertige, est recouverte par la vigne qui produit ce vin si connu pour ses qualités réconfortantes. Un des plus célèbres est sans contredit le «Bemkasteler doctor« qui tire son nom de la circonstance suivante:
' C'était vers le milieu du 14® siècle. L'évêque Bœmund épuisé par une fièvre maligne et persistante voyait malgré toute la science des médecins approcher sa fin dernière. Quoique pieux et résigné à la volonté de Dieu, le vénérable prélat ne se sentait nullement le désir d'aller rejoindre ses pères. En conséquence il fit publier dans tout son diocèse qu'une magnifique récompense attendait celui qui parviendrait à le délivrer de la fièvre. Cet édit parcouru le pays et parvint jusqu'à un vieu et digne seigneur qui vivait retiré dans son solitaire manoir de Hunsrucken. Ce brave chevalier passait la plus grande partie de ses journées à remplir et à vider sa coupe d'un vin généreux récolté sur ses terres et qui, tout en reconnaissant Dieu pour un brave homme, s'occupait le moins possible de ce monde pervers et ingrat. Il venait de prendre une large gorgée à son humpe de pierre, lorsque le prévôt du château vint lui apporter la nouvelle de l'état désespéré de l'archevêque.
H resta un moment pensif et silencieux, contemplant avec satisfaction les formes rebondies de sa coupe.
»Quoi, dit-il en s'adressant au vin qu'elle renfermait, toi mon compagnon des bons et mauvais jours, toi généreux descendant des montagnes de ma patrie, ne pourrais-tu rien pour ce pauvre évêque? Tu m'as secouru dans tant de maladies, tu as fortifié mes vieux os, tu m'as donné santé et gaieté! Pourquoi ne pourrais-tu pas faire la même chose pour Bœmund?«
L'ancien fier-à-bras se leva et descendit dans le cabinet privé qui cachait aux yeux des mortels vulgaires son précieux remède. Il en remplit un tonnelet et se rend en personne au palais épiscopal. Après avoir fait connaître le but de sa visite il fut introduit aussitôt dans l'appartement du malade. Celui-ci ne put empêcher un léger frisson en voyant la capacité du tonneau qui renfermait la médecine. Combien en avait-il déjà pris et cela hélas! sans succès. Mais lorsqu' il vit la coupe se remplir du liquide doré sa face s'illumina d'un sourire de béatitude, il porta la coupe à ses lèvres et la vida d'im trait. Et ce que les docteurs n'avaient pu faire le vin l'accomplit: la fièvre le quitta et quelques jours après il vaquait de nouveau aux affaires du diocèse.
Dans la suite, l'archevêque et le chevalier vidèrent encore ensemble bon nombre de humpes du vin généreux auquel le prélat donna en reconnaissance le titre de docteur. Depuis ce temps il est resté célèbre sous le nom de «Bemkasteler Doctor.«
La chapelle de Neef.
Près de Bremnj s'élève sur la rive droite de la rivière le riant petit village de Neef, qui possédait déjà au temps des Carlovingiens l'église de Saint Amolf de
Metz, propriété allodiale que Tabbé Bertram vendit plus tard à Tabbaye de Laach. Non loin de cette intéressante localité se dresse un rocher escarpé surmonté par une petite chapelle. Comme on le sait il était anciennement de règle d'ensevelir les morts autour de Téglise et les habitants de Neef ne faisaient pas exception à cette coutume. Mais le transport du cadavre au dessus de ce rocher abrupte offrant de grandes difficultés, les habitants résolurent de rebâtir leur église délabrée au pied du rocher pour avoir un cimetière d'un accès plus facile. On se mit à l'œuvre : or, tout ce qui avait été fait pendant le jour était renversé la nuit suivante et les matériaux transportés sur la hauteur. Surpris de ce fait extraordinaire les habitants voulurent en connaître la cause et décidèrent de poser des gardes sur le terrain de construction. Aussitôt dit, aussitôt fait! La nuit les bourgeois désignés par le sort se mirent en faction et chacun attendait anxieusement ce qui allait arriver. Vers minuit, ils aperçurent soudainement des corps lumineux traverser l'obscurité et tomber devant eux. Revenus de leur stupeur ils se virent entourés de spectres qui s'emparèrent des matériaux et les portèrent sur le rocher. Les habitants de Neef reconnurent alors la volonté de Dieu; ils construisirent leur nouvelle église sur la hauteur et continuèrent d'ensevelir leurs morts à l'ombre de ses murs.
Vallée de la Lahn.
Ems les bains.
Un des plus beaux points de la pittoresque vallée de la Lahn est sans contredit Ems. Des milliers d'étrangers, parmi lesquels beaucoup de Français, s'y rendent chaque
année attirés, par Texcellence de ses eaux anciennement célèbres et par la beauté de ses sites. Quoiqu' il n'en soit fait mention pour la première fois que dans des documents remontant à 1335 on admet néanmoins que les Romains connaissaient et estimaient ses sources. Ems fit partie pendant des siècles de la Hessen-Darmstadt- Nassau et passa au commencement de ce siècle sous la domination exclusive du Nassau. Les territoires de plusieurs principautés venaient s'y rejoindre, de sorte que du pont on pouvait promener sa vue sur 8 contrées différentes. Les montagnes qui ornent ses environs, escarpées pour la plupart, sont décorées de splendides forêts. La «gentille Ems« ne nous offre que peu d'intérêt dans le domaine de la légende. Le »Bàderlei« surnommé aussi »les 7 têtes «, une des plus curieuses montagnes des environs, aurait été jadis le séjour de gnomes. Après la guerre de 1866 le duché de Nassau fut annecté par la Prusse et parsuite Ems, après avoir appartenu pendant des siècles à la maison d'Oranien- Nassau.
Limburg.
La ville la plus animée et la plus attrayante, ornant depuis des siècles la rive de la Lahn, est sans contredit la charmante ville épiscopale de Limburg. Elle possédait jadis une population douée d'excellentes qualités morales qui comprenait la vie telle qu'elle est et non comme elle devrait être. A ce beau trait de caractère se joignait une piété sincère que l'on retrouve encore de nos jours, comme un précieux héritage, au foyer de leurs descendants. Mais ce qui les rendit célèbres ce fut leur amour pour la liberté, amour qui leur mit les armes à la main pour soutenir leurs droits quand ils les croyaient menacés. En effet, Gerlach I ayant vouIh
porter atteinte à leurs privilèges, les Limburgeois coururent aux armes et jurèrent de mourir pour la défense de leurs droits. Ce soulèvement amena en 1248 le siège de Limburg, qui bien approvisionnée et intrépidement défendue fit une résistance opiniâtre. Le blocus durait déjà depuis quatre ans et demi, lorsque les vivres vinrent à manquer et les assiégeants n'eurent plus pour toute ressource qu'une seule mesure de blé. La position était des plus critiques: dans le conseil de la ville on émettait les plans les plus divers pour faire lever le siège jusqu'à ce qu'on s'arrêta au suivant: on tua un âne et après l'avoir écorché on en remplit la peau avec le blé restant et ainsi bourré on l'exposa à proximité du camp ennemi. Les assiégeants ne tardèrent pas à apercevoir cet étrange animal; mais lorsqu'ils en eurent reconnu le contenu ils désespérèrent de prendre par la famine une ville qui pouvait se permettre de telles prodigalités. Ils levèrent le siège après avoir fait un traité de paix avantageux pour les Limburgeois.
A la place où s'élève aujourd'hui Limburg, les Romains avaient bâti un castel sur les ruines duquel les Landgrafs de Niederlahngaues fondèrent un fort au-^ quel ils donnèrent le nom de Limburg. Au 9® siècle,, le comte Gebhard fit construire une église dédiée à Saint Gebhard, ce qui invita un grand nombre d'habitants des environs à venir s'établir près du château et Limburg s'accrut rapidement au point de devenir la résidence du Gaugraf Conrad Kurzbold. Les énormes dettes contractées par Gebhard n firent que cette belle contrée fut donnée en gage à Trêves, à qui elle resta. Placée sur la route commerciale de Francfort à Cologne, Limburg fut au moyen âge un dépôt important de marchandises et jouissait d'un grand bien-être. En 1631 le temps des épreuves commença. Les Suédois pénétrèrent dans la
VALLEE DE LA NAHE. j^y
ville qu'ils dévastèrent cruellement La magnifique cathédrale servit d*écurieet ses trésors furent enlevés. Jadis Téglise portait le nom de «Eglise St. Georges»; au 13® siècle elle fut rebâtie. Sous les archevêques Baudouin et Cuno de Falkenstein Limburg passa avec d'autres districts de la Lahn à Parchevêché de Trêves et retournèrent en 1802 à la maison de Nassau. En 1866 le duché de Nassau passa comme on le sait sous la domination de la Prusse.
Vallée de la Nahe.
Creuznach.
C'est près de Bingen, l'un des endroits les plus séduisants et les plus pittoresques du Rhin que s'ouvre la romantique vallée dans la profondeur de laqueUe la Nahe, qui prend sa source près d'Homerich dans l'Oldenbourg, roule pendant environ vingt lieues ses ondes limpides avant de les verser dans le beau fleuve allemand. Les Romains, ces vainqueurs du monde, avaient déjà établi sur ses rives des colonies florissantes. Après eux ses bords devinrent les témoins des excès des seigneurs féodaux qui avaient choisi cette gracieuse vallée pour le théâtre de leurs rapines. La plus connue des villes de cette vallée ainsi que la plus visitée pour ses eaux minérales est Creuznach, qui attire chaque année dans ses murs un grand nombre de malades. Le nom de cette ville rappelle la légende suivante:
A une époque très reculée un homme pieux arriva de contrées lointaines sur le territoire des francs payens et éleva sur une île une simple croix de bois afin que »la lueur de la croix devint la lumière dans les ténèbres.* Les Francs considéraient ce signe inconnu et ne pouvaient assez s'extasier lorsque les flots impétueux du fleuve
gonflé, faisant trembler les montagnes de la vallée, Tendroit où s'élevait la croix restait inébranlable au milieu des vagues furieuses et des ouragans destructeurs. Ds importunaient sans cesse le pieux étranger de leurs questions et un pêcheur qui avait été souvent témoin de ce fait extraordinaire pria Termite de lui apprendre à bâtir une maison qui elle aussi fut capable de résister aux eaux et aux vents. L'homme de Dieu se rendit à ses instances et bientôt on vit s'élever une maison de pierres, contre les murs de laquelle les flots et les tempêtes tentaient en vain leurs assauts.
Cette nouvelle se répandit dans la contrée et un grand nombre d'habitants se rendirent chez l'ermite pour apprendre l'art de construire des maisons de ce genre, ce que le saint leur accorda et, vieux et jeunes «instruits par la croix furent convertis par elle*. A la place où quelque temps avant s'élevait une simple hutte de bois, on vit surgir une grande et belle cité qui par le voisinage de la croix, qui se dresse encore aujourd'hui sur l'île, fut appelée Creuznach.
Le Rheingrafenstein près de Mlinster-am-Stein.
A quarante minutes environ au delà de Creuznach, on rencontre dans un site romantique et perdu dans de verdoyantes forêts qui se déroulent sur les rives de la Nahe, le beau village de Mùnster-am-Stein, connu par ses salines. Vers la gauche se dresse majestueusement le »Rothenfels« et presque vis-à-vis, au delà de la vivière, émerge du milieu de la luxuriante verdure des bois un rocher colosse, »le Rheingrafenstein» et »la Gans*. La »Gans« est le point le plus élevé de cette série de hauteurs commençant à Mtinster-am-Stein et du haut de son plateau on jouit d'une perspective admirable et lointaine. Sa tête altière supporte les colonnes de granit
du »Rheingrafenstein«, ce puissant château féodal, autrefois Torgueil et la résidence des Rheingrafen (comtes).
Un jour que dans la salle des ancêties une nombreuse réunion de comtes et de seigneurs arrosaient par de nombreuses libations la naissance d'un héritier de la race, il passa par la tête du Rheingraf une idée qui lui coûta un village et ses dépendances. Echauffé par le vin le comte montra à ses convives une botte de grandes dimensions en disant: «Regardez, messires! Un courrier laissa dernièrement cette botte au château. Eh bien, je vais la remplir jusqu' au bord du précieux suc de la vigne et je promets le village d'Huffelsheim à celui qui videra d'un trait cette coupe élégante. « Puis remplissant la chaussure il reprit: «Allons! à qui le prix?« Toute séduisante que fut la proposition aucun des invités ne se montrait disposé à tenter l'aventure et leurs regards exprimaient assez leur désir et leur répugnance. Tout à coup Boos de Waldeck se leva brusquement. »A moi cette gorgée, « dit-il, et prenant la botte il ajouta: »A votre santé messires !« et il la vida d'une haleine jusqu' à la dernière goutte. Alors se laissant tomber sur son siège il reprit avec un sourire de suprême satisfaction: «Seigneur comte, le courrier n'aurait-il pas par hasard oublié son autre botte? Je voudrais bien encore gagner le village de Norheim?«
Un bruyant éclat de rire accueillit ces paroles et la société entière prisa Boos, un homme heureux et «sans fond.a Le Rheingraf dut remplir ses engagements et le village d'Huffelsheim devint corps et biens la propriété de l'intrépide buveur.
Histoire. Le château de Rheingrafenstein fut bâti au ne siècle et lorsque le Rheingraf Siegfried dut quitter en 1278 leRbeingau il y fixa sa résidence et TappelaRbeingrafenstein. Au commencement de l'année 1850, Rheingrafenstein fut acheté par un descendant des anciens propriétaires, le prince de Salm-Salm, Rheingraf zu Stein, et depuis on voit sur le plateau une métairie importante.
Le château Dhaun.
Un des plus beaux restes du genre de Fépoque du moyen âge est le manoir Dhaun dont les tours s'élèvent encore aujourd'hui comme un souvenir éloquent de la race puissante qu'abritaient leurs murs.
Il y a bien longtemps ce château était la résidence d'un comte opulent dont le fils par son extrême beauté s'était attiré l'affection et l'admiration non seulement du personnel mais encore d'un singe. La tradition rapporte qu'un jour la bonne s'étant endormie près du berceau, le singe s'empara de l'enfant et l'emporta dans la forêt voisine. Cette disparition extraordinaire répandit la consternation dans le manoir et le comte à la tête de ses serviteurs fouilla pendant plusieurs jours consécutifs les montagnes et les bois. Mais en vain! Brisé par la douleur et la fatigue il voulait abandonner ses rechercha et reprendre le chemin de son habitation lorsqu'un vieux domestique découvrit dans un épais fourré, l'enfant étendu sur un tapis de mousse, plongé dans un doux et paisible sommeil sous la surveillance inquiète du singe. Aussitôt il courut rapporter au comte ce qu'il venait de voir. On se précipite vers l'endroit et l'on vit la cause innocente de tant d'alarmes doucement endormie. A ses côtés des pommes et des noix en profusion témoignaient assez de la tendre sollicitude de l'intelligent animal. L'heureux père pressa contre son cœur son enfant chéri et le ramena au milieu de la joie universelle au château, tandis que le tendre ravisseur triste et abattu suivait le joyeux cortège. On célébra par des fêtés et des réjouissances cet heureux événement; le comte pour en perpétueur le souvenir fit graver sur une pierre l'image de l'enfant et du singe et la fit sceller sur l'ogive de la grand' porte. On peut voir encore aujourd'hui
hui à son ancienne place cette pierre sur laquelle est gravée un enfant auquel un singe assis offre une pomme.
Oberstein.
Entouré de hautes montagnes et parfois pressé contre leurs flancs escarpés le touriste qui parcourt la vallée aperçoit dans une position des plus pittoresques Oberstein. Ce village est moins connu par le polissage de Pagathe qui se pratique dans ses environs que par son église. Ce temple curieux est creusé à une hautenr de cinquante mètres dans le rocher qui remonte encore cent mètres plus haut et au sommet duquel on arrive par un escalier. Sur le plateau on trouve une source jaillissante. Voici ce que nous rapporte la légende sur la fondation de cette église:
Deux frères étaient unis par les beaux liens de Tamour fraternel. Le démon jaloux de leur bonheur jeta entre eux son brandon de discorde: leur amour se changea en haine et leur union en persécutions implacables. Après une longue séparation ils se rencontrèrent vers minuit sur le rocher qui domine Oberstein. Pris d'une rage folle le plus fort saisit le plus faible par les bras et les jambes et le précipita avec une violence inouïe dans l'abîme, où le corps de l'infortuné vint se broyer contre les parois du rocher. Cet horrible forfait ne resta pas impuni: le remord pénétra aussitôt dans le cœur du fatricide qui, ne pouvant résister aux cris de sa conscience, résolut d'abandonner pour jamais ces lieux témoins de son crime. La nuit même il partit. Il voyagea de pays en pays, mais, ni les sables brûlants du désert, ni les bords grandioses de la mer ne purent lui rendre le repos et toujours à son esprit égaré se présentait l'image sanglante de son frère! Rongé de
désespoir, brisé par Tangoisse, le malheureux se jette à genoux et demande à Dieu dans une prière ardente, entrecoupée de sanglots, grâce et pitié. Plus tranquille il se relève, continue son chemin, qui oh miracle! le mène le jour même à la hutte d'un pieux ermite. Il confesse son crime à l'homme de Dieu, qui le console et lui dit » Retourne de ce pas dans ta patrie et fais sans peur et sans crainte ce que Tesprit te dira en songe. « Et fatigué de ses longs voyages le pénitent se met en route vers ces lieux funestes qu'il voulait autrefois abandonner pour toujours. Arrivé au manoir de ses ancêtres il se rend dans son appartement solitaire où il s'endort d'un profond sommeil. Lorsque l'aurore vint dorer les cîmes des montagnes environnantes il se réveilla et munit d'un marteau et d'un ciseau se dirigea vers le rocher. Arrivé, il se met à gravir la muraille de granit et là, où le plus brave n'aurait pu se hasarder sans frémir, il commence à creuser la pierre. Chaque jour l'aurore le trouve à ce travail pénible que le soir seul vient interrompre. Mais un jour son sombre regard vint s'illuminer d'un joyeux rayon d'espérance! Sous son ciseau venait de jaillir une source d'eau cristalline, à laquelle l'infatigable travailleur put apaiser sa soif ardente. Un sentiment de paix profonde remplit subitement ce cœur ulcéré et avec une vigueur nouvelle il se remet à l'ouvrage^ Enfin le jour de l'achèvement arrive et dans la caverne creusée par lui brillait le signe de la rédemption. Une demi année ne s'était pas encore écoulée que bien haut au milieu des rochers, on vit apparaître une magnifique église. Les habitants des environs attirés par ce miracle pénètrent en foule dans le temple et trouvent l'auteur du prodige endormi aux pieds de l'autel. On le secoue,^ on l'appelle .... En vain! Cette âme réconciliée avec