‹ Le Rhumatisme Articulaire TuberculeuxChapitre 11 sur 74 · livre sur le rhumatisme tuberculeux, a la valeur d'une expérience · texte numérisé non relu

livre sur le rhumatisme tuberculeux, a la valeur d'une expérience

O8s. II. — Un homme porteur d'une tuberculose pulmonaire cavitaire, supprime un jour sa toux et son expectoration par l'ingestion de bromoforme à haute dose. Immédiatement après, à est pris de douleurs violentes dans la hanche droîïte, qui l’obligent à garder le lit ; les genoux, les chevilles, les petites articulations des pieds, furent successivement frappés de fluxions rhumatismales aiguës...

Ces faits ont été depuis fréquemment constatés ; récemment encore, ils ont été mis en relief par une observation particulièrement probante qui réalise vraiment la

contre-expérience de l'observation précédente.

Os. III. — F. Bezançon et Jacquelin.

Malade de 20 ans qui présente une crise de polyarthrite aiguë. 2 mois plus tard, apparition d’une tuberculose apicale droite discrète, accompagnée d’hémoptysie et d’iritis. Aggravation pulmonaire par poussées, qui offrent une corrélation étroite avec l’état articulaire. L'iritis est elle-même maximum au déclin des poussées articulaires. Cuti-réaction forte et précoce, suivie d’une poussée fluxionnaire aiguë au niveau des articulations. Action sédative nette au salicylate de soude et de l’aspirine. Les arthralgies qui ont duré un an, cessent après l'institution d’un pneumothoraz.

BEZANÇON conclut qu'il s'agit vraisemblablement d'une infection tuberculeuse directe au niveau de certaines jointures. Comment pourrait-on expliquer autrement ces faits d'observation fréquente, qui ne font d'ailleurs. comme nous le démontrerons plus loin, que traduire les

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tentatives d'essaimage au niveau des articulations, du bacille tuberculeux qui prolifère en un autre point de l'organisme.

Il faudrait pour expliquer cette coexistence et cette analogie d'évolution de 2 affections én apparence dissemblables, parler de « métissage des diathèses tuber-culeuse et rhumatismale » ; nous verrons que dans le cas du rhumatisme tuberculeux, elles se confondent, et que l’ancienne diathèse scrofuleuse n'est que la prédisposition du tuberculeux léger à présenter des poussées fluxionnaires au niveau de ses articulations. PoNCET avait déjà signalé l'existence de rhumatisme chez le tuberculeux à minima, en spécifiant qu'il « faut être peu tuberculeux pour faire une ankylose, il suffit de l'être depuis longtemps.

Mais, entre la tuberculose viscérale ou articulaire, et les simples réactions articulaires aiguës, fibreuses..., 1l semble y avoir une différence de degré que l’on pourrait interpréter comme une différence d'origine; de nombreux auteurs, et tout récemment SERGENT, se sont demandé jusqu'à quel point on peut admettre l'identité de nature, de lésions aussi inégales qu'une polvarthrite aiguë curable et une arthrite tuberculeuse à lésions folliculaires.

Le polymorphisme considérable du rhumatisme tuberculeux est bien connu, et nous verrons que d'une part, la simple lésion rhumatismale n’est que la forme la plus atténuée de la tuberculose articulaire ; d'autre part, la fluxion rhumatismale ou l’ankylose fibreuse, pour ne citer que deux formes quelconques, n'apparaissent guère que chez des bacillaires légers ; dans le cas contraire le rhumatisme tuberculeux tend à mettre la lésion viscérale à

son diapason, il « arrête l’évolution dans le poumon », comme disaient les anciens.

Il n’y a donc qu'une différence très superficielle.

Poncer avait donc eu une conception: très juste du rhumiatisme tuberculeux, et s’il n'avait pas, dans la plupart de ses observations, apporté la preuve décisive et indiscutable de ce qu'il avançait, 1l avait, en envisageant la question sur un plan uniquement clinique, parfaitement vu et décrit tous les faits sur lesquels les auteurs modernes sont revenus avec Juste raison, ne serait-ce que pour emporter les dernières résistances, avec des arguments irréfutables. Les preuves cliniques, sont donc les meilleures, et c’est sur elles que l'on devra se baser avant tout pour soupçonner l’origine tuberculeuse d’un rhumatisme. Elles ont devancé les preuves fournies par le laboratoire, et si ces dernières ont un caractère absolu que n'ont pas les arguments cliniques, 1l s’en faut qu'elles soient constantes, car beaucoup d’entre elles sont discutables ; celles qui peuvent à elles seules établir la réalité de l’origine tuberculeuse du syndrome que nous étudions (telles que l’inoculation au cobaye, la recherche de la bacillémie) demandent beaucoup de patience, et ne sont pas constantes dans leurs résultats. I] faut cependant reconnaître que depuis quelques années, elles se multiplient à l’envi.

On à voulu donner à l’ensemble des manifestations articulaires tuberculeuses à lésions non spécifiques, des appellations diverses. Qu'on les nomme polyarthrites tuberculeuses aiguës ou subaiguës, polysynovites..., on ne désigne ainsi que certaines de leurs formes cliniques. Or. ces diverses formes dont l’origine est prouvée bactério-

logiquement, vont du simple rhumatisme articulaire aigu au rhumatisme chronique ankylosant. Le terme de « maladie rhumatismale » correspond bien à cette affection protéiforme à localisations ou complications les plus diverses. Mais ne peut-on, en l'honneur de PonceT, conserver l'appellation de « rhumatisme tuberculeux » qui répond à la même idée et rappelle l’étiologie de cette affection. En tous cas il faut absolument rejeter le terme de « pseudo-rhumiatisme tuberculeux », car il n'existe pas de « pseudo-maladie ». Il faut repousser la conception de l’école lyonnaise comme un mythe, ou lui reconnaître la place qui lui revient. Il n’y a pas de moyen terme.

Nous étudierons les relations qui unissent le rhumatisme sous toutes ses formes avec les diverses localisations de la tuberculose. Nous verrons dans quelle mesure ces relations souvent intimes prouvent la réalité du rhumatisme tuberculeux. Nous n'étayerons notre démonstration sur aucune des observations de PoncET, nous n'utiliserons que des travaux ou publications récents, ainsi que des observations personnelles cueillies dans le service de notre maître M. le Professeur A. Prc. Nous serons obligé de les résumer, et ne prendrons que les plus typiques, les plus démonstratifs, parmi les très nombreux faits cliniques relevés dans la littérature.

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B. Preuves fournies par la coexistence et la similitude des caractères cliniques et évolutifs de la tuberculose et du rhumatisme.

Nous nous proposons d'étudier ici les rapports cliniques entre les manifestations rhumatismales et les diverses localisations du bacille tuberculeux, évoluant en un autre point Ce l'économie. Nous relèverons non seulement une banale coïncidence, mais surtout l’alternance des lésions qui se succèdent le plus souvent à brève échéance, succession qui se fait parfois localement. Nous verrons aussi que très souvent elles conditionnent une évolution identique, quels que soient les cas observés. L'ensemble des caractères cliniques prouvent à eux seuls que toutes ces manifestations relèvent indubitablement du même agent pathogène : le bacille tuberculeux de virulence atténuée. Nous commencerons par étudier les faits d'observation très ancienne : comment se succèdent, s’intriquent parfois, évoluent souvent de pair, la tuberculose articulaire et le simple rhumatisme. La fluxion apparaît alors comme une atteinte passagère et souvent curable des tissus articulaires par le bacille de Koch, celte fluxion se répétant Cans certains cas et déterminant les lésions plus durables du rhumatisme chronique.

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