I. — LE TERRAIN DU RHUMATISME TUBERCULEUX
Quelques anciens auteurs avaient, contrairement à l'opinion admise autrefois, remarqué que la « diathèse rhumatismale » n'était pas en antagonisme avec la « diathèse scrofuleuse ». On ne peut plus dire aujourd'hui que les deux « tempéraments » vont parfois de pair, car dans le cas parüculier que nous étudions, ces deux diathèses s'identifient. Le terrain rhumatismal es constitué par l'infection tuberculeuse elle-même réalisée dans la grande majorité des cas, par un foyer viscéral, ganglionnaire ou autre absolument torpide. et qui demande à être recherché’; d’autres fois, mais beaucoup plus rarement, c'est par une lésion évolutive évidente. Nous avons vu, au cours de notre étude, les différentes formes du rhumatisme tuberculeux coïncider avec des scléroses pulmonaires, des adénites fistulisées éteintes..., en somme, tout ce qui caractérise le « petit mal tuberculeux ». Pour faire un rhumatisme tuberculeux, il faut en général être un Infecté chronique « à minima ». Ce sont ces bacilloses guéries, ou faiblement évolutives, qui vont constituer l'état humoral nécessaire à l’évolution de la polvarthrite, et c'est sur ce terrain antérieurement sensibilisé, en état d'immunilté active, que vont se développer soit les accidents d'ordre anaphvlactique, soit l'évolution bacillaire que nous étudierons.
Mais le « terrain tuberculeux » n'est pas tout ; il peut être créé lui-même par une autre prédisposilion indivi-
duelle. Les modalités cliniques du rhumatisme sont elles-mêmes conditionnées par les variations réactionnelles des sujets atteints ; quelle est la raison de cette différence des réactions individuelles et pourquoi se constitue cette suite d'infections bacillaires légères ?
Nous pouvons l'expliquer par les raisons que donne M. Dumaresr, dont nous citerons l'opinion : « le rhumatisme, comme l'asthme, peut reconnaître les causes les plus diverses, et cependant, quelle que soit la fréquence de ces causes, elles ne déclanchent le rhumalisme ou l'asthme que dans des cas bien déterminés et relativement rares. Il en résulte que le facteur réaction organique, ou si l'on veut terrain, a plus d'importance que la cause efficiente qui garde un caractère occasionnel.…
En ce qui concerne le rhumatisme, il apparaît nettement qu'il peut être engendré, soit par une intoxication (exemple : uricémie, goutte) soit par une infection (exemple : blennorragie). Il n'y a donc rien de surprenant à ce que la tuberculose, agissant soit au titre d'infection, soit au titre d'intoxication, puisse, sur un organisme déterminé, engendrer la réaction rhumatisme. Mais, si nous considérons la fréquence de l'infection tuberculeuse et la rareté relative du rhumatisme tuberculeux, nous sommes encore ramenés à cette idée que le facteur Gélerminant est, non pas l'infection, mais la modalité réactionnelle du sujet atteint, en d’autres termes. sa constitution, Un prédisposé au rhumatisme est un arthriique. Or un arthritique est un petit hépatique.
Ce que nous savons des rapports de l’arthritisme et de la tuberculose nous amène à penser que le petit hépa-
üique (arthritique, hypercholestérinémique, uricémique etc...) offre une résistance spéciale à l'infection tuberculeuse, qui évolue chez lui d’une façon particulièrement bénigne. Nous constatons d'autre part que pratiquement le rhumatisme accompagne plus habituellement les évolutions bénignes de la tuberculose. Toutes ces données concordent à autoriser, provisoirement au moins, cette conclusion : c'est que l'infection tuberculeuse (typique ou atypique, à bacilles de Koch, toxines, ou virus filtrant) peut être une cause déterminante du rhumatisme chez certains tempéraments prédisposés, et que la caractéristique de cette prédisposition est l’arthritisme ou petit hépatisme. »