Psoriasis arthralgique
Les manifestations douloureuses au niveau des articulations en l’absence de toute lésion inflammatoire et leur coïncidence avec le psoriasis avaient permis a Besnier de distinguer une forme de psoriasis douloureux. Ces arthralgies sont d’une intensité fort variable, tantôt simple sensibilité articulaire; elles peuvent parfois acquérir une acuité excessive, rendant impossible toute tentative de mobilisation, même passive.
Ces douleurs peuvent être intermittentes et nous avons souvent noté chez ces malades une grande sensibilité aux variations atmosphériques. Dans certains cas elles ne sont perçues qu’au réveil lorsque larticulation est reposée, impression d’enraidissement cédant facilement lorsque « l’article est dérouillé ».
Parfois au contraire elles sont tenaces, ressenties pendant des semaines et parfois même des mois en un même point.
Dans tous les cas ces arthralgies sont d’une grande fixité; elles ne présentent pas la mobilité des affections rhumatismales, et s’attachent obstinément au même article, à un doigt, à un coude, aux épaules, aux genoux, aux pieds.
Elles constituent toute la symptomatologie de l’affection, et l'examen clinique ne révèle ni manifesta-
RE
tion inflammatoire ni modification morphologique. Dès qu’elles ont cédé l'articulation retrouve son jeu normal.
Cliniquement ces manifestations douloureuses ont comme caractère essentiel de coïncider avec les nouvelles efflorescences actives du psoriasis et le plus souvent de céder avec elles.
Ces manifestations arthralgiques se retrouvent bien souvent dans les antécédents des malades atteints de rhumatisme chronique déformant. La malade de l’observation 7 est très remarquable à ce point de vue, pendant vingt ans elle s’est considérée comme rhumatisante, souffrant de son coude droit de façon discontinue, présentant une grande sensibilité aux variations atmosphériques; puis quelques années plus tard les douleurs ont eu tendance à se généraliser sans que cliniquement elles se soient accompagnées du moindre signe objectif. Elles n’inquiètent pas la malade jusqu’au jour où une véritable crise articulaire va l’immobiliser au lit. Dans notre observation 9 ce sont des douleurs des tibio-tarsiennes, douleurs plus marquées après le repos, cédant pendant la marche qui ont attiré l’attention du côté articulaire.
Nous avons eu l’occasion de voir dans le service de M. Milian, un homme de 28 ans, fort à la halle, atteint d’un psoriasis familial depuis huit ans, qui est venu nous consulter pour des arthralgies au niveau des épaules, coïncidant avec les poussées de son
psoriasis. L'examen ne révélait aucune modification
articulaire; mais la radiographie décela une décalcification nette des épiphyses osseuses.
Ces arthralgies ne sont pas toujours isolées et se retrouvent parfois associées à d’autres manifestations douloureuses, névralgies de toutes sortes, surtout sciatique et douleurs intercostales. Nous croyons que ces manifestations sont souvent en rapport avec un processus de spondylite car l’atteinte de la colonne vertébrale est souvent précoce. Dans d’autres cas il s'agirait de myalgies, de mélalgie, de crampes. Mais nous n’avons pas eu l’occasion d’en observer.
Ces manifestations articulaires douloureuses encore insuffisamment étudiées, ne s’accompagnent au début d’aucun signe objectif; nous croyons cependant à la suite des travaux de Rochlin et Schirmunsky que dans ces cas l’exploration radiologique systématique permettrait de déceler parfois une décalcification précoce. Ces auteurs ayant trouvé très fréquemment une altération osseuse chez des malades ne présentant aucun stigmate clinique articulaire. Ces arthralgies ne constituent bien souvent que la première étape d’un rhumatisme qui tantôt évoluera insidieusement vers une forme partielle d’ankylose, et tantôt, à la suite de poussées aiguës, aboutira à une forme généralisée de rhumatisme chronique défor-
man.