CHAPITRE PREMIER
RECHERCHES ÉTIOLOGIQUES
Nous venons d’envisager les relations cliniques existant entre les deux affections. Quels sont les liens qui les unissent ? Pouvons-nous penser à une maladie dépendant de la même cause ? Les deux affections sontelles si intimement liées qu’il existe une étiologie commune ? Est-ce le psoriasis qui détermine le déclenchement de l’arthropathie ou le psoriasis n’a-t-il d’autre importance que de favoriser dans une certaine mesure l’apparition d’une affection articulaire et d'orienter celle-ci vers un certain type clinique ? Au contraire peut-on considérer que les deux maladies sont absolument indépendantes et que leur apparition simultanée n’est qu’une coïncidence ?
Tels sont les problèmes que nous devrions résoudre avant de rechercher à en préciser le mécanisme physio-pathologique. Pour de nombreux auteurs et non des moindres : Rosenthal, Nielsen, Sellei, Pollitzer, Deutsch, cette association est considérée comme une coïncidence accidentelle. Les manifestations articulaires seraient très rares dans le psoriasis et il n’y aurait là que le fait d’un hasard de peu d'intérêt.
En présence des faits cliniques, de la fréquence de association, de la recrudescence contemporaine des deux affections, d’autres auteurs comme Besnier, Bourdillon, Bazin, Polotebnoff, Unna, Adrian, Strom, Lipmann, Wulf, Manzer, Riecke, Strauss et la plupart des auteurs contemporains, en font un syndrome et même une entité morbide. Il apparaît difficile de ne pas admettre qu’il existe un lien plus ou moins intime entre les deux affections. On peut même dire que ce sont les psoriasis graves qui se compliquent d’ordinaire de rhumatisme. Du fait cependant que le psoriasis ne s'accompagne pas toujours d’arthropathies et que le rhumatisme peut même être la première manifestation en date, nous devons reconnaître que si la dermatose peut favoriser le rhumatisme elle n'en constitue pas la cause.
IT faut donc se rattacher à la possibilité d’une étiologie commune si nous voulons resserrer les liens unissant les deux manifestations morbides.
Certains auteurs se sont efforcés par l'histopathologie de rapprocher les deux affections et de prouver
que lune et l’autre relèvent d’un même processus.
Pour Schultz, Zorn et Hunt, il existe de grandes analogies entre les phénomènes cutanés et les lésions articulaires. Le psoriasis a sa lésion originelle dans le derme, ce sont les altérations du derme qui provoquent la desquamation de l’épiderme. Ils estiment que l’on peut établir un parallélisme entre l’état de la peau et celui de la synoviale. Il existe tout d’abord une réaction exsudative caractérisée par de l’œdème, de la congestion des vaisseaux avec émigration de leucocytes. Dans la suite, dit Hunt, il y a dans les deux cas une réaction prolifératrice qui affecte les cellules qui sont dans le voisinage immédiat de la lésion, dans le psoriasis ces cellules sont celles de la couche de Malpighi et leur prolifération conduit à une production excessive de la couche cornée qui constitue un caractère distinctif de l’éruption psoriasique. Dans le nodule rhumatismal les cellules atteintes dans le voisinage immédiat de la lésion sont les cellules du tissu réticulo-endothélial ou fibrocytes et les cellules du tissu conjonctif ou fibroblastes. Le résultat de la réaction prolifératrice de ces cellules est la production du nodule submiliaire qui est la lésion typique du rhumatisme.
Psoriasis et rhumatisme seraient donc deux affections nées aux dépens du tissu mésodermique. Dans le psoriasis, comme dans le nodule rhumatismal, la réaction peut aboutir à la formation d’abcès qui, dans les deux cas, sont stériles. Dans le psoriasis ces abcès, décrits par Munro et Sabouraud en 1904, sont regardés comme un facteur unique et caractéristique. Ils
résultent d’une augmentation de la migration des leucocytes à noyaux polymorphes qui se trouvent emprisonnés dans la partie supérieure de la couche de Malpighi et cette migration peut être si importante qu’elle dissocie alors les cellules du corps de Malpighi. A ce stade les lésions du psoriasis pustuleux sont cliniquement constatables.
Histologiquement psoriasis et rhumatisme qui résultent au début d’une inflammation atténuée se traduisent fondamentalement par la congestion, la diapédèse et l’exsudation séreuse ; malheureusement ces phénomènes sont de la plus grande banalité.
Au point de vue clinique et au point de vue histologique, la relation entre les deux affections reste encore imprécise ; pour en resserrer les liens les auteurs se sont efforcés de leur trouver une étiologie
commune.