‹ Le Rhumatisme PsoriasiqueChapitre 33 sur 42 · THÉORIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

THÉORIE NERVEUSE

Emise à la fin du siècle dernier, l’origine trophonévrotique du rhumatisme psoriasique fut couramment admise, tant en France qu’à l’étranger, par la majorité des auteurs, au premier rang desquels Besnier, Bourdillon, Polotebnoff, Gerhardt, Kutznisky, Adrian.

Les principaux arguments invoqués à l’appui de cette théorie étaient d’ordre purement théorique. Nous les rappellerons brièvement. Les antécédents personnels ou héréditaires du psoriasique permettent de les rattacher à la « famille névropathique ».

L'apparition du psoriasis coïncide souvent avec un choc nerveux : émotion, chagrin, frayeur, surmenage.

La symétrie de l’éruption, sa localisation sur le trajet des nerfs, les troubles de la sensibilité tactile et thermique observés au niveau des larges placards du psoriasis, la fréquence des troubles nerveux (névralgies, sciatiques, myalgies, fourmillements), sont des faits signalés par de nombreux auteurs. La symétrie des lésions articulaires, leur localisation précoce et leur fixité aux doigts, les troubles musculaires, rétraction, contracture, atrophie, sont de précieux argu-

ments à l’appui de leur thèse. Les troubles sensoriels, troubles de la vue et de l’ouïe, sont fréquents ; es fonctions sécrétoires sont diminuées ou exagérées.

Besnier et Bourdillon localisent la lésion au niveau de la substance grise de la moelle d’où émaneraient des fibres nerveuses qui procéderaient à la nutrition de la peau.

Polotebnoff en fait une « névrose vaso-motrice et trophique ». Kutznisky croit à une irritation spinale chronique. Gerhardt, Fischel et Adrian penchent aussi en faveur de l’origine nerveuse et acceptent volontiers l’hypothèse d’une trophonévrose réflexe ou centrale.

Malheureusement pas la moindre preuve anatomique n’a pu être fournie à l’appui de cette théorie, si ce n’est l’autopsie de Jacquet, qui aurait trouvé des lésions médullaires incontestables dans un cas de psoriasis arthropathique. On ne saurait d'autant moins accorder de signification à cette unique observation que les recherches microscopiques et macroscopiques entreprises par Dustin n’ont donné aucun résultat. Les travaux poursuivis pour déceler des lésions au niveau des nerfs périphériques sont également restés négatifs (Leloir, Vidal, Kopp).

Rappelons également que les examens électriques montrent que les muscles ont conservé leur excitabilité.

Par ailleurs le rôle que l’on a voulu faire jouer au choc nerveux dans l'apparition du psoriasis nous paraît des plus discutables et nous ne l'avons jamais

trouvé de façon certaine à l’origine d'aucune de nos observations. Les mêmes réserves doivent être faites sur la facilité avec laquelle ces auteurs ont rattaché les psoriasiques à la « famille névropathique ». Les 14 malades que uous avons étudiés ne nous semblent en aucune façon pouvoir être groupés sous cette étiquette. Audry se demande si l’appréhension de voir persister longtemps une affection d’une ténacité désespérante ne peut créer une neurasthénie secondaire avec tout un cortège de symptômes nerveux.

La théorie nerveuse, après avoir séduit, a perdu faute de preuves la plupart de ses partisans. Que nous sommes déjà loin du temps où Brissaud pouvait dire « que les malades ont des poussées de psoriasis comme d’autres ont des crises d’hystérie ou d’angine de poitrine ».

LA THÉORIE DIATHÉSIQUE

La théorie diathésique représente l’opinion la plus ancienne. Elle était celle de Bazin. Il considérait que le psoriasis et ses manifestations articulaires relevaient l’un et l’autre d’une diathèse contitutionnelle : l’arthritisme.

La vieille thèse humorale, si en honneur autrefois dans la médecine française, n’a jamais connu pour le rhumatisme psoriasique la fortune qu’elle a rencontrée si souvent. Successivement délaissée au profit de la théorie nerveuse et des idées pasteuriennes, elle reprit cependant un peu de sa valeur, les travaux de ses adversaires n'ayant pas confirmé les arguments invoqués contre elle ; la théorie soutenue par Bazin et Danlos a été reprise par Gaucher et Brocq.

De 1892 à 1912, Gaucher n’a cessé de soutenir que « le psoriasis est constitué essentiellement par un vice de nutrition », qui résulte d'une auto-intoxication par une forte proportion de matières extractives, azotées, notamment de purines, corps à la fois très toxiques et très peu solubles. Avec Rostaine (1903) il soutient que l’arthropathie est sous la dépendance de la même cause arthritique.

Gaucher et Desmoulières, à la suite de leurs recherches urologiques, « établissent un abaissement constant du coefficient azoturique et aussi l’élév ation du rapport de l’acide urique à l’urée. De plus. ils notent une déminéralisation très marquée ».

François-Datnviile signale l’hypoacidité constante, la diminution de lurée, l'acide urique augmenté, l’azote total diminué, le phosphate diminué, le soufre neutre augmenté, la déminéralisation chlorurée augmentée dans le psoriasis.

Mais leurs résultats perdent beaucoup de leur signification car ils ont été établis sans tenir compte du régime alimentaire.

Brocq et Ayrignac, à la suite de patientes et minutieuses recherches où l’erreur des précédents auteurs était évitée, ont établi une formule urologique reproduite dans la thèse de leur élève Huerou (1914) : « insuffisance des oxydations azotées, taux élevé de lacide urique, instabilité du métabolisme des matières minérales, soufre et phosphore, augmentation des éliminations sulfo-conjuguées, enfin réduction de la consommation albumoïde (qui sont exactemen’ les mèmes constatations que dans l’arthropathie chronique déformante).

L’insuffisance des oxydations soufrées et de la diurèse est plus fréquente que dans le rhumatisme déformant. On peut dire que les troubles urologiques observés dans le psoriasis et dans les arthropathies chroniques sont de même nature. Il existe seulement entre eux une différence de degré ; les désordres sont

plus accentués dans les dernières ».

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