THÉORIE INFECTIEUSE
Aux théories nerveuses et diathésiques devaient faire suite l’hypothèse d’une étiologie infectieuse, ou toxi-infectieuse. Diverses conceptions ont été émises où le parasite et le microbe furent considérés comme la cause directe ou indirecte du psoriasis et des arthropathies. Le nombre des auteurs qui se sont ralliés à ces idées est allé sans cesse croissant.
En 1878, Ed. Lange décrivit un champignon, l « épidermophyton », Ecklund indiqua le « lecopolla repens », Werthéim le « penicellium glaucum », agents spécifiques depuis longtemps oubliés. En faveur de cette théorie parasitaire, Lassar et Thomassoki inoculèrent des squames de psoriasis au lapin et prétendirent avoir reproduit cette dermatose. Nous ne ra ppellerons ces travaux que pour mémoire. leurs résultats n'ayant pas été confirmés.
Lasck a parlé du « spirochète sporogone », trouvé dans la peau et le sang des sporiasiques, il n’a pas été retrouvé. Les inoculations de Wisniewski ne sont pas probantes puisqu'elles furent faites non à des su jets exempts de psoriasis, mais à un psoriasique et
ceci peut être expliqué par le phénomène de Kæbner.
Seule l'expérience de Destot, de Lyon, tendrait à prouver la possibilité de l’inoculation ; cette observation, que lon ne peut du reste admettre sans beaucoup de réserves, compte trop d’échecs pour être démonstrative : elle pose la question d’un psoriasis latent.
Quelques auteurs ont cité des cas de contagion conjugale ou familiale (Hebra, Shamberg, Bory, Cantul, Audry), mais la fréquence du psoriasis contraste trop avec la rareté des cas de contagion pour constituer un argument.
Bory a publié des observations de psoriasis étant apparus sur les points de piqûre de punaises ; Jeanselme, Lane, Nicolas, en ont signalé après vaccination.
Enfin, les caractères mêmes de la plaque psoriasique, son développement par la périphérie, sa forme circinée, son affaissement et sa guérison par le centre, l’efficacité du traitement antiseptique externe, sont autant d'arguments servant à faire valoir la théorie parasitaire du psoriasis. Aucun n’a de valeur absolue puisque tous ces caractères se retrouvent dans des affections que l’on sait ne pas être parasitaires, d’autre part la médication ne possède pas exclusivement un pouvoir antiparasitaire, mais est surtout puissamment réductrice.
Plus significatives sont les constatations de Ravaut et Civiate qui établissent que les « eczématides et lévurides à polynucléaires ont, du chef de leur polynucléose, un trait de ressemblance avec le psoriasis » £t
ceci fournirait un argument à ceux qui cherchent dans le psoriasis un processus allergique. Malheureusement, les minutieuses recherches entreprises par Ravaut depuis 1928 n’ont abouti qu'à des échecs tant du point de vue biologique que thérapeutique. Employant les mêmes méthodes, Jausion et Vallée se sont cfforcés de fournir les tests qui étayeraient cette hypothèse en faveur de la nature mycosique du psoriasis ; ils rapportent deux sortes d'arguments : 1° la posivité d’intra-dermoréaction diagnostic faite au moyen de filtrat de toxines pour le champignon, et de Ivsats pour les microbes ; les deux catégories d’extrait ayant, après traitement convenable, été rigoureusement privés de leurs albumines ; 2° l'efficacité thérapeutique de lysats sulfuriques de champignon et de microbes Ces données leur permettent de considérer le psoriasis « comme une réaction cutanée externe propre à un type de constitution dermopathique susceptible de réaliser avant toutes autres lésions la parakératose sous le signe d’un hyperfonctionnement du sympathique et des glandes du type accélérateur ». Cette excitabilité tégumentaire ne serait déclenchée que par un petit nombre d’antigènes qui se recruteraient aux dépens de constituants chimiques de microbes ou de dermatophytes s’échelonnant du streptocoque aux champignons. Leurs statistiques leur permettent de conclure que les agents provocateurs du psoriasis sont dans la majeure partie d'essence mycosique, ils reconnaissent du reste l’intervention possible d’autres facteurs microbiens dans
le déclenchement d’une affection où ils accordent une large part à la constitution parakératosique. Les deux arguments apportés par Jausion sont loin d’être à l'abri de toute critique et Ravaut lui oppose la valeur de l’intradermo-réaction qui paraît discutable chez de tels malades réagissant à de multiples causes, même traumatiques. D'autre part, l'inégalité d'action des médications antipsoriasiques doit rendre prudent dans les conclusions d’ordre thérapeutique.
L'hypothèse d’une théorie infectieuse a été soulevée par Baquero y Tresarios (1901), l’agent infectieux pour lui lèse le système nerveux qui répond par des troubles articulaires divers. Elle fut reprise par Waelsch (1909) dans un travail important et documenté ; il considère que les toxines microbiennes provoquent une irritation en foyer de la peau allant du catarrhe humide (eczéma) au catarrhe sec (psoriasis) avec tous les stades intermédiaires. L'organisme cachectisé par ces toxines devient le siège d’un rhumatisme chronique. L'auteur a été conduit à cette hypothèse en comparant ce que l’on observe dans la blennorragie où la toxine gonococcique détermine aussi bien une manifestation cutanée du type parakératosique qu’une lésion articulaire ; rhumatisme blennorragique. Baermann a décrit une parakératose due aux toxines du microbe de Neiser; Chauffard et Fiessinger ont pu la reproduire expérimentalement.
Waelsch, Deutsch et Grosz ont observé des cas, dans lesquels le psoriasis se distingue difficilement de cette parakératose blennorragique. Waelsch, en 1910, con-
clut que le rhumatisme et le psoriasis comme l’exanthème hyperkératosique de l'infection gonococcique sont dus à une maladie de nature infectieuse dans laquelle l’exanthème et l’altération articulaire sont produits par une substance toxique.
Hallopeau et Macé de Lépinay (1906) avaient déjà attiré l'attention sur la ressemblance que peut présenter l’arthropathie psoriasique avec le rhumatisme blennorragiforme, au point qu’ils le dénomment « arthrite blennorragiforme ». Jordan, Ymourova et Chamcing ont également rapporté une observation simulant le rhumatisme blennorragique, Balzer et Deshayes ont vu un parapsoriasis apparaître chez un malade atteint de blennorragie avec arthrite et les deux affections guérirent en même temps.
Mais aucun agent infectieux n’était encore individualisé. Samberger incrimina le staphylocoque. f1 considérait le psoriasis comme une staphylococcie développpée sur un tégument frappé de débilité. L’origine de cette déficience restait mal connue, l’'amoindrissement de la force vitale des cellules épidermiques lui apparaissait résulter de déficience endocrinienne. Cette théorie est partagée par Nobl et Remevsky (1926); ils croient à l’origine infectieuse ou toxique du psoriasis et admettent une dépendance causale entre rhumatisme et psoriasis.
Gruneberg a pu mettre en évidence un staphylocoque doré hémolytique par l’hémoculture dans un cas de psoriasis ancien avec arthrites multiples. La spécificité et l'intensité de l'infection lui semblent cepen-
ot
dant avoir moins de signification que l’état allergique du sujet sensibilisé par l'apport incessant des microbes de la peau.
Tels sont les arguments invoqués en faveur de cette théorie infectieuse, aucun n’est encore concluant.