HISTORIQUE
Dès le début du siècle dernier, l'Ecole française a soupçonné les corrélations existant entre les affections tégumentaires et les manifestations articulaires. Alibert (1822), puis Gibert (1839), en font mention dans leurs traités des maladies de la peau. Cazenave en 1847 en esquissa la première description. En réalité, c’est Devergie qui souleva l’existence d’un rhumatisme psoriasique. « Je me suis plusieurs fois demandé, écrivait-il en 1854, si cet état des mains qui ressemble à celui des goutteux, le tophus osseux excepté, dépendait exclusivement du psoriasis ou s’il ne se montrait que sous l’influence de cette maladie... mes observations ne sont pas suffisantes pour résoudre la question que je soulève ».
Bazin devait y répondre en. 1868, d’une façon trop absolue, l’auteur de la diathèse arthritique était amené à considérer les deux affections psoriasis et rhumatisme comme une manifestation de l’arthritisme, il créa même le terme de « psoriasis arthritique » sans en fournir de preuve.
En réalité, le « psoriasis arthropathique » ne conquit droit de cité, que le jour où Besnier, inspirant
la thèse remarquable de son élève Bourdillon (1888), montra la fréquence des manifestations articulaires qui, loin de se confondre avec les formes de rhumatismes connues, constituent un type particulier.
Depuis la question n’a cessé d’être controversée. Un certain nombre d’auteurs étrangers et non des moindres, n’ont vu dans l’association du psoriasis et des manifestations articulaires qu’un accident fortuit (Rosenthal) une simple coïncidence (Nielsen), une association accidentelle (Sellei, Menzen). Jadassohn estime qu’il ne réalise pas de raisons suffisantes pour constituer une entité morbide, aucune théorie étiologique n’apporte de preuve assez démonstrative pour le convaincre. Pollitzer écrivait même « un psoriasique se plaint de ses articulations, il pourrait avec autant de raison se plaindre de céphalée ou d’indigestion ».
Dans sa grande majorité, l'Ecole française demeura fidèle à l’opinion que, la première, elle avait conçue, elle devait peu à peu rallier à elle la plupart des auteurs étrangers et tous s’efforcèrent, suivant les préoccupations médicales du moment, d’échaffauder des théories pathogéniques qui resserreraient les liens unissant les deux affections, prouveraient son entité morbide dans les classifications nosologiques.
Besnier et Bourdillon, après avoir discuté la théorie diathésique et distingué le rhumatisme psoriasique de la maladie de Bouillaud, le rattachèrent à une trophonévrose. Cette interprétation purement théorique était conforme à l’idée en faveur à cette
époque, de la nature trophonévritique du psoriasis. Cette opinion fut partagée par nombre d'auteurs, dont : Duron, Unna, Polotebnoff, Gerhardt, Fischel, Kuznisky, Adrian. |
Ce n’est guère qu'avec ce siècle que naquit l’hypothèse d’une théorie infectieuse, elle a été soulevée par Baquero y Tresarios (1901), Hallopeau et Macé de Lépinay, reprise par Waelsch (1909), malheureusement l’absence de preuve lui faisait perdre peu à peu de son crédit.
La vogue que vient de connaître l’endocrinologie devait inciter nombre d’auteurs à expliquer par une perturbation glandulaire l’étiologie de cette affection. Toutes les glandes ont été successivement suspectées, les recherches se sont multipliées, peu de résultats les ont couronnées.
L'hypothèse de la nature tuberculeuse de la maladie émise dès 1891 par Poncet, avait été accueillie avec beaucoup d'indifférence. Elle fut reprise par Milian (1907), qui signalait la sensibilité que présentaient ces malades à l’injection de tuberculine, puis par Balzer et Burnier (1911), Gaucher (1916) qui rapportèrent des cas entachés de tuberculose. Le nombre des partisans de cette théorie allait sans cesse croissant: Jeanselme, Petges, Desqueyroux, Spillmann et Weiss s’y ralliaient. Plus récemment (1933), Courmont, Gaté et Michel ont pu par hémoculture, selon la technique de Lœwenstein, mettre en évidence des microcolonies, et surtout Weissenbach et Martineau ont démontré la nature tuberculeuse d’un cas de polyar-
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thrite chronique progressive chez un psoriasique, par la mise en évidence du bacille de Koch dans le liquide articulaire.
La radiologie enfin devait donner un regain d’actualité à cette question, elle a été suivie de l’éclosion d’un nombre important de travaux dont les premiers en date furent ceux de Adrian (1903) et Belot (1909), elle nous a permis de préciser l’importance des lésions articulaires dans les différentes formes de la maladie et a révélé que les altérations osseuses étaient beaucoup plus fréquentes que la clinique ne le faisait suspecter. C’est ainsi que Rochlin et Schurmunsky (1925), Curth (1930), en explorant systématiquement les articulations de malades atteints de psoriasis sans lésion apparente des articulations, ont trouvé jusqu’à 37 % d’altération osseuse.