‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 114 sur 349 · Dépèche de Pesaro, loc. cit · texte numérisé non relu

Dépèche de Pesaro, loc. cit

Il est bien général en chef. Son secrétaire de cabinet, Damon, racontait à Jean Danôs que, la veille d'une attaque, le prince, au milieu de la nuit, à deux heures du matin, se levait, écrivait les ordres de bataille, fixait l'emplacement des troupes, réglait leurs marches, établissait leur mode de concentration : il travaillait jusqu'au jour1. La nuit qui précéda une affaire, s'étant ainsi réveillé et étudiant la carte, comme il s'apercevait que sa cavalerie, mal placée, risquait d'être surprise, il appelait un de ses valets de pieds, et l'envoyait porter des ordres écrits de sa main, afin de modifier l'emplacement défectueux2. « Le sieur Damon, qui est judicieux, déclarait Danès, m'a dit plusieurs fois qu'il étoit ravi de voir le bon sens avec lequel le roi raisonnoit (de ces questions) et la grande science qu'il paraissoit avoir en l'art militaire3. »

Jusqu'au moindre détail, rien n'échappe à Louis XI 11. 11 entend les rapports. Puységur raconte dans ses Mémoires une scène qui se passe au siège de Montpellier de 1622 et nous montre le roi écoutant un soldat de retour d'une reconnaissance : le prince est assis dans son fauteuil; il demande à l'homme son nom, sa compagnie, s'il est gentilhomme; lui prescrit d'expliquer « l'affaire comme elle est et de lui dire la vérité, parce que, selon qu'il la dira, on prendra la résolution de faire attaquer ». Le soldat parle. Quand il a fini : «Passez dans la chambre et demeurcz-là jusqu'à ce que je

1. Jean Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 384.

2. La wi!ie du combat des Pont- de Ce en 1620, au château du Vergier : voir Histoire du règne de Louis XIII, par S. 11. C. (Malingre), Paris, 1646, in-12, p. 273.

■i. J. Danès, op. et loc. cit.

vous envoie quérir, » fait le roi. Une demi-heure après il le prie de recommencer son récit devant d'autres témoins, puis conclut : « Il faut que la chose soit bien véritable me l'ayant dit à moi-même par deux fois, et tout se trouve conforme1. »

Il suit chaque chose de près. Au moment d'arriver à Saint-Jean-d'Angély qu'il va attaquer, il inspectera avec soin son artillerie, fera tirer onze coups de canon pour s'assurer du jeu des pièces autant que pour avertir les gens de la ville2. Parvenu à la place, il restera douze heures à cheval, afin d'examiner les détails de la défense, étudier comment les tranchées seront entreprises, « les batteries dressées, les troupes logées et les vivres et munitions apportées à l'armée ». Il tiendra conseils sur conseils, écoutera les avis, décidera; son activité et sa prévoyance sont inlassables3. Devant Royan, Marillac mandait à Richelieu : « M. le comte de Soissons fait la charge de lieutenant-général, et le roi celle de général, prenant cognoissance de tout et ordonnant tout de lui-même. Il nous hâte tant qu'il peut de mettre les tranchées en état de le recevoir, car il bout d'impatience de les voir et de s'y montrer4. » Au siège

1. Puységur, Mêm., éd. Tamizey de Larroque, t. I, p. 37. L'homme en question est Puységur lui-même, alors anspessade dans la compagnie de Casteljaloux.

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