Ibid., fol. IS7 r" et suiv
::. L'auteur du mémoire que nous suivons (Ibid., fol. 98 \ dit : • Il les faut retirer du schisme (les ministres) en leur procurant une condition meilleure et plus certaine pour eux et leur famille et y laisser les plus doctes et politiques appointés. • Il estime à 500 le nombre des ministres P r< >t< stants existant en France.
leurs coreligionnaires l'obéissance au roi; répéteraient que la Sainte Écriture interdit « de prendre les armes contre le prince, même pour cause de religion », ce qui « ruineroit la faction » ; insinueraient qu'il y avait en somme peu de différence entre les religions catholique et protestante ; aborderaient des doctrines qu'on savait sujettes à diviser les huguenots entre eux, par exemple la question delà célébration du baptême, ou de « l'administration de la coulpe par leurs diacres et anciens », ce qui « les affaibliroit en les divisant » ; ensuite s'entendraient avec les prêtres catholiques pour organiser des rencontres publiques, des conférences, des dialogues, préparés d'avance, dans lesquels les protestants auraient manifestement le dessous, ce qui serait d'un excellent effet sur le public ; enlin gagneraient de proche en proche d'autres ministres de manière à ce qu'il vint un jour où l'ont put finalement poser au synode national la question de la réunion définitive des églises protestantes à l'Église romaine, et l'obtenir : ce jour-là « la synagogue serait enterrée ! l » .
Mais Louis XIII et M. Tronson ne partageaient pas des espérances aussi hardies. Plus circonspects, ou plus pratiques, ils s'en tenaient à leur double but : la conversion des âmes, la préoccupation du bien de l'Etat. Ils étaient enchantés d'avoir des intelligences dans les assemblées et ils s'en servaient2. Ils ne demandaient pas
1. A la fia de son mémoire, « le donneur d'avis désire être excusé de s'être tant avancé au discours d'un si grand poids, étant peu expert aux affaires d'État, » (fol. 99 r°). C'est M. Boucaut. Il y avait des gens qui attendaient de Louis XIII la réunion des églises romaine et protestante (de Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p. 68).
2. Apprenant par exemple que des huguenots entraient en relation avec les pays étrangers, Tronson écrivait dans un de ses sommaires
mieux que de voir les ministres « appointés », comme on appelait ceux qui étaient gagés, exercer autour d'eux l'action préconisée par les intermédiaires; mais ils n'y comptaient pas trop, et se trouvaient suffisamment satisfaits des conversions obtenues.
Il y en eut bon nombre. Le tarif des conversions de ministres était assez uniforme : 600 livres comptant et une pension annuelle du clergé de 400 livres, « pour l'entretien de leurs familles1. » « Monsieur l'évoque de Grenoble, consignait Tronson pour Louis XIII, écrit avoir parole de deux des plus puissants et babiles ministres des montagnes de se convertir et de découvrir des secrets importants au service du roi; que la nécessité les ayant retenus dans l'erreur, il faut, pour les en retirer, leur faire quelque bien d'une somme notable, et qu'il n'a osé faire plus grandes offres que de GOO livres conformément au pouvoir donné au sieur Visconti. Savoir ce que j'aurai à répondre2. » L'offre parait-il, était assez tentante, pour qu'on vînt facilement à bout des gens. Le sénéchal de Montélimar se faisait fort de gagner douze ministres « au moins3 »; M. de La Tour affirmait que les ministres viendraient en bien plus grand nombre
destinés au roi : « faire querelle d'allemand aux assemblées, assurant que les religionnaires tirent d'Angleterre deux mille sterlings par mois : qu'un nommé Durand, de Languedoc, l'ait des voyages et que le ministre nommé Kspagne fait les voyages des Pays-Bas » Maz. 2127, fol. 11».'! r".
1. Ibid., fol. Il V. N'abjurant pas ostensiblement, les ministres convertis continuaient à bénéficier, par surcroit, de certains privilèges d'exemptions d'impôts et décharges spéciales dont jouissaient leurs confrères protestants. (Sur ces exemptions, voir l'arrêt du Conseil du 2'.) décembre 1(317, Arch. nat., E. 57, fol. 489 r : Bibl. nat., ms. fr. I81ÏI2, fol. 253 r").