Sans date, Bibl. nat., ms. fr. 3798, fol. 42 r
4. Lettre d'Elisabeth, alors reine d'Espagne, à Madame de Monglat, datée de Dax, 28 octobre 1625, Ibid., fol. 50 r°. Toutes les lettres de la princesse à son ancienne gouvernante (par exemple Bibl. nat., ms. fr. 3815 fol. 8 r" et suiv.) témoignent de cette nature simple, bonne et gentille.
LE ROI LOTIS Xlll A VI MIT ANS.
groupe si cher à son cœur du Louvre ou do Saint- Germain : elle reste pour lui « Mignonnette » ; elle entend qu'on lui écrive sans user «les formes solennelles usitées a l'égard de « Sa Majesté Très Catholique » : « Mamanga, mande-t-elle à la gouvernante, j'ai reçu les lettres que vous m'avez écrites, ce qui m'a Lien fort réjouie de savoir des nouvelles de mes sœurs; mais je vous prie «le dire à ma sœur qu'elle m'appelle comme elle a coutume et qu'elle ne vive point avec moi en cérémonie1 ». Elle pense si souvent à la France, aux coins où elle a passé les meilleures heures de son enfance, aux amies qu'elle a laissées! Elle suit de loin les déplacements de la cour; elle regrette de ne plus en être. Sans doute, ce qu'elle voit autour d'elle est imposant : « Il y a huit ou dix jours que nous sommes à l'Escurial, écrit-elle à sa sœur Henriette, c'est un fort beau lieu : » Mais ce n'est plus le royaume de son père : « il n'y manque que les proumenoirs de Fontainebleau! » « L'on m'a dit, ajoute-t-elle, que la cour a été à Saint-Germain depuis peu, je crois que vous y aurez été aussi. Je suis bien aise de savoir que vous passez bien le temps avec la jeune reine (Anne d'Autriche). Je vous prie de lui dire que je lui baise très humblement les mains8. » Pourquoi n'y est-elle pas aussi? Pourquoi ne peut-elle s\ transporter afin d'y retrouver l'atmosphère de libre el paisible gaieté qu'on y respirait! Sa remueuse (la femme qui lorsqu'elle était enfant balançoit son berceau lui a écrit de Saint-Germain que comme jadis elle con-
1. Bibl. ii.tt.. m s. fr. 3798, fui. lu r ; <!<■ Madrid -'- janvier, sans indication d'année.
2. Lettre d'Elisabeth ù Henriette datée de l'Escurial !• aoùl (sans
ri d'année), Bibl. nat., ms. fr. 3818, f<>!. W i .
fectionnait certain gâteau avec les princesses ses sœurs : « Mignonnette » est prise d'un mélancolique regret : « Je voudrois bien être petit oiseau, écrit-elle gentiment à Henriette, pour pouvoir voler là et aider à le faire ' ! »
Louis XIII l'a aimée lorsqu'elle était près; il continue à l'aimer de loin. Le protocole exige qu'il lui parle en employant les titres nécessaires de « ma sœur », quand elle est princesse des Asturies, « Madame ma sœur », quand elle est reine régnante. Mais, derrière les formules conventionnelles et malgré la froideur naturelle d'un style royal peu fait pour les épanchements, on saisit chez le jeune roi les témoignages de ce faible qu'il a conservé pour la « Madame » d'autrefois. Il sait l'attachement qu'elle a pour lui; il n'ignore pas qu'elle désire avec passion « le voir régner heureusement2; » il lui rend sa tendresse. Toutes les fois que l'occasion s'en présente, il lui envoie de ses nouvelles, heureux d'apprendre qu'elle s'informe des siennes : « Le sieur de Grenelle m'a fort contenté, lui écrit-il, sur le récit qu'il m'a fait du soin que vous avez de moi et d'apprendre de mes nouvelles : cela m'obligera de vous en faire savoir plus souvent. » « Ma sœur, si vous recevez du contentement à voir de mes lettres, je n'en ai pas moins à vous en faire part, ce que je témoigne, ne laissant passer aucun de ceux qui vont vers vous sans vous écrire.3 »
1. Bibl. nat., ms. fr. 3798. Elle commençait ainsi sa lettre : « Vincenze m'a apporté une de vos lettres, par laquelle j'ai su de vos nouvelles; je voudrois qu'il se présentât tous les jours occasion pour vous faire savoir des miennes, croyant que vous êtes bien aise quand vous en recevez, car je reçois un si grand contentement quand j'ai des vôtres qu'il n'est pas possible de plus. »
2. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 26 v°. Lettre de Louis XIII à Elisabeth.