Richelieu, Mém., t. I. p
échappatoires. « Je trouvai à Cognac », mandait l'archevêque de Sens à Richelieu, « M. le connétable fort content de votre vue, ce que je crus d'autant plus qu'il me témoigna croire que vous l'étiez de lui, me demandant s'il n'en étoit pas ainsi ; je lui renouvelai les assurances que vous lui aviez données des bonnes intentions de la reine1. » M. de Luynes ne connaissait pas le jugement véritable de Richelieu à son égard; il ne savait pas surtout la part importante que prenait Richelieu à la campagne de presse acharnée, menée contre lui en 1620 et 1621. On a attribué quelques-uns des nombreux pamphlets parus à cette date à la plume même de l'évêque de Luçon; un certain nombre, des plus retentissants, sont dus à un chanoine qui était au service de Richelieu depuis 1617, Fancan2; d'autres à un secrétaire de Marie de Médicis que Richelieu fit travailler, Jacques Pelletier3. Plus tard, le cardinal réunira ces libelles en un recueil spécial, comme pour mieux conserver à la postérité les charges dont il avait cherché à accabler la mémoire du connétable afin de perdre sa réputation 4. Si
1. Lettre datée de Tonneinsle 21 juillet 1621 (Arch. des Affaires étrangères, France 775, fol. 23 r").
2. Fancan vivait auprès de Richelieu en 1622 (voir une lettre de madame Sainson à Alphonse de Richelieu, chartreux, Arch. des Affaires étrangères, France 777, fol. 50 r"). Nous renvoyons sur Fancan aux travaux de Geley, Fancan et la politique de Richelieu de 1617 à 1027, Paris, 1884, in-8°; Th. Kùkelhaus, Zur Geschichte Richelieus. Unbekannte Papiere Fancans, dans Historische Vierteljahrschrift, 1899, p. 18-38, qui donne une liste des pamphlets dus probablement à cet auteur; Fagniez, l'Opinion publique et la presse politique sous Louis XIII, dans .Revue d'histoire diplomatique, 1900, p. 366.
3. Sur ce J. Pelletier, consulter Fagniez, op. cit., p. 365, et L. Lacroix, Richelieu à Luçon, p. 252.
4. Recueil des pièces lesplus curieuses qui ont été faites pendant le règne du connétable M. de Luynes, in-12. La 4" édition, de 1632, est la meilleure, 602 pages. Remarquer le mot « règne ».
la réputation de M. de Luynes a été perdue, Richelieu y est pour beaucoup; mais il faut le dire aussi, M. de Luynes y a, de son côté, notablement contribué par son caractère et sa conduite.
A défaut des affaires publiques, dont il ne s'est pas occupé autant qu'on l'a cru, M. de Luynes, en effet, a surtout donné ses soins à l'avancement de sa propre fortune. 11 s'est montré sur ce point, ardent, inquiet.
Maître de l'affection de Louis XIII, son premier souci a été d'abord de ne pas la perdre. Il était aux aguets afin d'épier les rivaux. Le courtisan que le roi distinguait était pour lui « comme le chien qui le devoit mordre l. » Il faisait tout pour l'écarter. De la sorte ont dû s'effacer ou disparaître des personnages qui se trouvaient payer cher, ainsi, la sympathie royale dont ils étaient l'objet. Le premier qui fut atteint fut la Curée, le capitaine des chevau-lég'ers de la g'arde du roi, que Louis XIII aimait 2. Luynes fit démettre La Curée de sa lieutenance des chevau-légers, qui fut passée à Brante, le cadet, sous couleur de faire nommer le gentilhomme évincé maître de camp de la cavalerie légère3. Le second pris à partie fut Bassompierre, le beau et aimable Bassompierre. Il plaisait à Louis XIII qui se laissait dire par lui beaucoup de choses4. Bassompierre avait fait ce
1. Bassompierre, Journal de ma vie, éd. Chantérac, t. II, p. 218.
2. Voir sur la Curée : « Discours des plus mémorables combats et rencontres où s'est trouvé Gilbert de la Curée, capitaine des chevaulégers de la garde du roi », par Guy du Faur, seigneur d'IIennay (Bibl. de l'Arsenal, ms. 2148, fol. IIJ'J-lS'j"; Cf. plus haut, p. 102.
3. lléroard (Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 167 r°); Seconde partie et réponse à la « Chronique des favoris », 1622, in-12, p. 21; Fontenay- Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 153.